Transdialectique

Trompe-la-Mort : l’échappée infernale VII

/ persona(e) : Cellule Mina Taratuta / écho(s) : #Balzac #Vautrin #démocratie #loi #événement / espace(s) : @Lumpenlittérature
Trompe-la-Mort : l’échappée infernale VII

Hors la loi, et il y a la noblesse à construire. Cette république des hors-la-loi qui s’instaure en abolissant son pouvoir, en le refourguant comme une mauvaise came aux hallucinés qui vénèrent encore l’idée de république. C’est sur ce terrain vague, champ des dévastations et des palais rongés par nos affronts, que nous fomentons le brasier des communes nouvelles, connectées, se reconnectant sans cesse les unes aux autres et à cette nature qui grouille parmi nos ruines. Il y a à conquérir. Commençons par nous-mêmes. Se libérer des citoyens et de leur citoyenneté, y voir les mauvais hommes qui contraignent nos visions, envoûtements des nues pétrole encore tachetées de quelques lucioles agonisantes, à la sentine des impôts aveugles. Mais nos esprits à la rebuffade, danseurs de corde par-dessus un monde sans filet.

Êtes-vous meilleure que nous ? Nous avons moins d’infamie sur l’épaule que vous n’en avez dans le cœur, membres flasques d’une société gangrenée : le meilleur d’entre vous ne me résistait pas.

La marque à l’épaule pour toute majesté qui fendille l’âme d’éclats, être son propre souverain et se trancher la tête, y abolir le plus infime pouvoir, et mettre en place du gigotement politicien la puissance révélée, de monte-à-regret l’abbaye communarde, loué soit l’affranchissement du troupeau. Grande est notre déchéance, celle qu’il vaut mieux porter à même le cuir, l’enveloppe battue par la violence des drôles, qu’enfouir au-dedans des entrailles, en obéissant, dociles, attendant la compensation mensuelle, doux salaire contre vie souillée. Sans gloire car sans indépendance, les membres flasques des démocraties obéissent aux ordres, d’en haut est la parole, et ils sont flasques jusqu’à la roideur de leur dernière heure, l’instant passé des remords qui mâchent leurs souvenirs à même la mort. Alors qui peut résister à celui qui s’établit hors la loi, tout auprès de la seule nature ? Qui a la distinction de déclarer avec autonomie ?

Il n’y a pas de principes, il n’y a que des événements ; il n’y a pas de lois, il n’y a que des circonstances : l’homme supérieur épouse les événements et les circonstances pour les conduire.

La démocratie représentative susurre à l’oreille crédule une croyance en la continuité causale du temps, plus ou moins fluide, plus ou moins juste, dans l’illusion du progrès qui l’accompagne et de l’incertitude de son temps d’après, mais à qui n’est pas dupe de l’urne et de son illusion démocratique, d’un peuple sans pouvoir, se montrent les intérêts des incroyants du flux causal, les régents de l’époque, et se distinguent leurs richesses et leur maîtrise de la mobilité temporelle, leur saisissement du pouvoir de faire événement. L’événement n’est pas le clinamen, l’exception que le système trouve à ses invariants, l’erreur élevée en réponse à la chute systémique de nos heures. L’événement est l’espace temporel des êtres qui tiraillent l’instant, il fonde la norme de leur volonté dans la rencontre de l’être et de sa pulsion d’écart. L’événement n’advient pas, il se fait, avec conscience ou non, il est l’expression d’une vie qui s’exprime avec la volonté de s’emparer de l’espace temporel qui se présente à elle.

L’établissement de tout principe, comme de toute loi, tente d’excuser la difficulté de sentir que se sont les à-coups des volontés, le cliquetis de leurs rencontres, qui tissent une toile circonstancielle où les existences citoyennes avancent leurs cahots en imaginant que la fatalité les devance, et revient implacable à l’encontre de leur indétermination. La fatalité n’est pas une aliénation de l’humain, elle se situe en son essence, et son mouvement s’empare de cet humain depuis les tréfonds monadiques de ce qu’il exprime comme son être ; la fatalité le porte, et n’attend qu’à être saisi en retour pour déployer toute sa capacité à causer une discontinuité, à devancer la somme des égoïsmes qui n’a d’intérêt qu’à diriger l’événement vers son temps propre. Tout est inscrit avant même le fait d’exister, ou faudrait-il revenir au sens et dire d’ex-sister, comme une potentialité qui attend que le grondement volitif se réalise. L’humain ne peut être fatal qu’en conduisant la fatalité qui s’agite en lui vers l’événement dont il serait la forge et le forgeron, et c’est à l’échelle d’un peuple conscient de la fatalité qui le meut, qui s’y accouple, que s’envisage la seule démocratie supportable, celle où se répartit indistinctement entre toutes les existences la détermination de provoquer l’événement. Le peuple ne recouvrera son pouvoir, la démocratie son sens, il n’en éprouvera son autonomie, que lorsqu’il saura se saisir de cette capacité de faire événement. Aucune loi n’existe en dehors de cette caractéristique naturelle à déformer l’espace de l’instant qui advient.

S’il y avait des principes et des lois fixes, les peuples n’en changeraient pas comme nous changeons de chemise. L’homme n’est pas tenu d’être plus sage que toute une nation.

Non, aucune loi, la seule chimère à l’image de Dieu pour enclore l’humain loin de ses possibles. Mais Dieu n’a pas le pas sur nos gueules cassées, ce sont les anges qui emportent notre souffle, comme la loi qui ne nous menace pas plus, puisque ce sont les seules polices qui tentent de nous gouverner, d’intimer l’interdiction de notre suffisance, arrogance contre arrogance, face à ceux qui macèrent parmi leurs créatures législatives. Tout ce qui gouverne demeure l’aliénation des ors qui détiennent le pouvoir de faire événement en marécages parlementaires. C’est contre eux, les cuistres de gouvernement, contre leur grossièreté de garde-chiourme, qu’il faut adresser la morgue de ne jamais s’adresser, et de jeter au-dessus de leurs gesticulations absurdes, au fond de l’œil immatériel des fastes, les flamboiements de notre fatalité.

Il n’y a pas d’empire face à nous, c’est une horde sans frontières et sans visage, des nomades qui ne veulent que le monde pour domaine, alors soyons les humains qui s’éprennent de fatalité, qui forment une commune sans frontières et sans visage, un espace de nos puissances distribuées, qui étendent leur volonté à l’encontre de tous les avoirs. Et notre être de fatalité pour faire de notre commune un empire. Ne demeure dans cet affrontement entre ceux qui font événement pour soi et ceux qui le font pour tous les autres que la superbe des éperdus. Le heurt est à saisir, au col, avant que les honnêtes s’en reviennent avec leur bois de justice. Avec leurs règles et leurs bécanes vernies. On ne vit pas, on existe, carcan tendu, sauf si l’audace pour l’audace. Et celui de regarder son reflet à la marge de la lunette : le portrait d’une puissance qui défait les lois pour faire sa vie.

Un homme qui se vante de ne jamais changer d’opinion est un homme qui se charge d’aller toujours en ligne droite, un niais qui croit à l’infaillibilité.

Eh quoi ! Rien n’est fixe, le peuple se meut, ses cauchemars le rappellent à sa consistance, il se mue dans l’inconscience de sa docilité. Il vote. Et accepte les gouvernements. Les parlements et les polices. Citoyen jusqu’au bout du rasoir. Lui qui croit à une noblesse qui ne peut pas s’acquérir, alors il se laisse et laisse faire, la laisse au cou et la langue pendante, au bon vouloir des intérêts rassasiés, la soumission est rieuse, et jamais les chiens n’auront la noblesse des loups. Jamais ils ne seront à la hauteur de la voracité des gouvernements. Des parlements et des polices. Et chemin faisant, le citoyen oublie, il recommence. Et vote. L’humain est transitif, et pourtant il se contente d’être trahi. Mais nous ou notre art de sinuer. Quoi de plus. L’humilité s’arbore à chaque ondulation, l’humilité mais jamais la modestie. Dans l’imminence des souterrains, notre incorrection de nous situer parmi les sols, de faire révérence, tout en bas, jusqu’à sentir les racines qui nous murmurent que la vie est une déchirure. Nous n’allons pas en ligne droite, nous nous incorporons au limon, notre âme sous terre d’orbe, mais contre tout ordre, à jamais marrons, nous gardons une unique direction.

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