Transdialectique

Trompe-la-Mort : l’échappée infernale VI

/ persona(e) : Cellule Mina Taratuta / écho(s) : #Balzac #Vautrin #écologie #loi #maison #vol / espace(s) : @Lumpenlittérature
Trompe-la-Mort : l’échappée infernale VI

Partout chez soi et son chez-soi à tous. Bras ouverts tantôt de tendresse, tantôt d’armes, si le chez-soi tangue tantôt du côté des partages, tantôt du côté des barrières, mais les barrières, ça se traverse, et à leurs barrières, nous leur opposerons nos barricades. Nous en ferons une contre-maison, aux murs ouverts, une fabrique des amitiés. Construire les murs de sa maison revient à construire sa prison contre le monde, à dresser des bornes face aux incertitudes de l’autre qui erre à son tour contre le monde et ses lois.

Une maison commence par une porte close. Et nous des déconstructions, nous invoquons face aux maisons, à leurs hypothèses, à toutes leurs hypothèques, à leurs jours fractionnés des toits et des aubes communes. Une maison, ça se fuit ou ça se traverse, une maison, on y met la communion ou le feu. L’âtre avant l’idée de la séparation. Ils osent nous interpeller avec leur morale, leur raison appliquée à l’idée de maison, la supercherie libérale, toute maison vaut son irraison, et la nature ne s’emprisonne entre les murs fixes d’une idée, elle se protège en protégeant sa puissance destructrice et renaissante. L’écologie qu’ils disent… mais l’écologie, c’est l’art de jeter le feu, de refuser qu’une maison s’érige face à nos natures de l’errance.

Cet homme semblait être au fait de ces singuliers ménages, il en connaissait tout. Il était là comme chez lui. Ce privilège d’être partout chez soi n’appartient qu’aux rois, aux filles et aux voleurs.

Il n’y a pas d’humanité, il y a des êtres qui font humanité. À coups de fouets, d’amour ou d’intelligence. Nous retournons le fouet au fouet, le roi à son reflet, et d’amour et d’intelligence, nous faisons commune, avec les filles et les voleurs, contre le censitaire et ses moutons, de nos haillons d’âme nous tressons des couronnes aux êtres de souillures, pour qu’ils flamboient comme le soleil des nuits infinies. Nos saintes sont un peu putes, et nos royaumes dévidés des grands cordons, main basse sur les joyaux, et à nos contingences le vin aigre des antiques.

Les rois, les filles et les voleurs, les faiseurs, défaiseurs d’histoire, ils savent s’approprier ce que les griffes ordinaires s’octroient, mais seuls les filles et les voleurs s’approprient par le partage pour que toujours toute propriété s’émiette. Le roi se place ainsi dans la trinité friponne comme la figure d’expiation, celle qui roule avec sa tête en ce panier pauvre, avec de l’osier qui enserre les ères brisées. Ses coffres et ses secrets sont à percer afin que les lumières suintent sur nos masses amorphes et qu’une fête déroule ses peuples libérés.

Et par les filles, les étreintes qui dérobent aux saints Pères le pouvoir d’être maître des familles apeurées, de leur fatalité mineure, et par les voleurs, les contraintes qui raflent aux propriétaires le pouvoir de dire le prix, d’annoncer que la chose n’est à nulle autre pareille, qu’elle se trouve légalement en l’unique possession de celui qui à la force des lois et des matraques avec lui, mais les filles et les voleurs s’emparent de leur destinée clandestine, destituent les rois et exaltent les braves qui usent de leurs rêves ténus au détriment de leurs mains travailleuses.

Nous les maquerelles et les receleuses, notre âme révère les premières de cordée qui noyautent les domaines, nous les compagnonnes des morales impures et des lois antilégales, nous et notre désordre d’élégance face à leurs avoirs vulgaires, nous qui basculons nos têtes lorsque le condamné s’évade des déterminismes. À notre autonomie, le reflet de révérence, et que notre reine d’obscénité se saisisse de tous nos rois, enfonce dans la patrie sa contamination, sa désinvolture, et ne nous laisse à boire que les richesses liquidées, et les péchés pour se rassasier, façonner la lueur qui se refuse à nos présents.

Rien ne peut mieux achever de peindre cette figure du peuple en révolte contre les lois que les quelques lignes qu’il avait tracées sur ses papiers graisseux.

Le peuple n’a plus de figure, il a la révolte qui pousse en creux d’âme. Le peuple sous le peuple, et s’avancent ses difformités, il est beau parce qu’il est difforme, difforme et fier, et qu’il sait faire de ses difformités la passe et les passe-partout, classe contre classe, les fuites, les vols, à la dérobée des astres de l’en haut. C’est aux lois que gronde sa fable, des lois à abattre, à jeter aux flambeaux qui teintent de chatteries les gouffres qui s’étirent en une république de nos bienheureuses. Classe contre classe, que les élites tirent leurs lames contre le vide de nos carcasses, nous n’appartenons pas aux chaînes qui cloisonnent l’horizon, nous sommes de l’escarbille et nous allons à la brume. Nous l’informe, nous fomenterons encore des lois contre leurs lois, en souvenir de la nature brisée, et classe contre classe, que s’élèvent l’incendie et sa fièvre, ses aigrettes et le beau de sa pourpre.

Le mot ami signifie, en argot, un voleur émérite un voleur consommé, qui, depuis longtemps, a rompu avec la société, qui veut rester voleur toute sa vie, et qui demeure fidèle quand même aux lois de la haute pègre.

Ô nos amis, vous les choses non travailleuses, vous qui vous émancipez et qui vous subtilisez à ce capital ne voulant de vous que la force, mais votre force n’est rompue à aucun spectre, elle chante sa geste contre toutes les choses qui demeurent travailleuses, ses êtres au-dessus de vous, qui vous toisent avec morgue parce que vous demeurez invariablement un refus sans condition, vous les jamais abîmés par l’amer qui s’exhale des quotidiens, l’instrument de torture s’inscrit à l’inverse de votre honneur dans l’honneur des maîtres et contremaîtres, à jamais soumis à leurs lois d’offre et de demande, mais vous, vous êtes de la rupture contre toute soumission qui se proclame maître.

Laissons pourrir leurs lois et fleurir les nôtres, tendres, notre regard jaune qui croît malgré leurs cages, et notre nature, et ses lois et nos iris à rhizome qui transpercent les marécages, gagnent le nuage et son goût d’échappée. Du fond des tropiques, nous écrivons les lois nouvelles, celles des amis, nous les raturons à même l’épiderme de nos émois, il y a l’avenir à conquérir, et nos mains dansent, seules et constellées, elles écrivent au rythme de leurs éclats l’absence des intérêts privés et le foisonnement des gaietés qui portent à nos devants l’apaisement des embrassades généreuses. Les lois des amis forcent les portes, elles éventrent les coffres et à nos alliances laissent ruisseler leurs médiocres alliages.

Le voleur ne met pas en question dans les livres sophistiques, la propriété, l’hérédité, les garanties sociales ; il les supprime net. Pour lui, voler, c’est rentrer dans son bien.

Voler, c’est rentrer chez soi, avec la masse libératrice, pleine d’une volonté d’abattre les cloisons et de laisser sœurs et frères infiltrer leurs amours tout auprès de l’âtre qui brûle son secret de chrysocale. Voler, c’est rendre à la camaraderie sa fausse-monnaie et son sourire. La propriété anéantie par notre poétique de la dérobade, on prend, et voilà déjà que la célébration lance ses cantiques, il en faut plus, il faut la suppression des liens et des hérédités, faire couler notre sang pour que notre sang ne s’écoule plus des hauteurs du temps, mais qu’il se ramifie aux horizons des volontés sourdes, qui ne comprennent que les garanties et la sécurité des demains, il faut que notre sang devienne le sang partageur après avoir senti la félicité obscure de l’indistinct. Nous supprimerons toutes les garanties, dénouerons nos amours, et nous aimerons ensemble, tout autour du social, jusqu’à ce que la commune de nos amitiés s’allonge vers l’innommable des frontières et de ses ciels traversés.

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