Transdialectique

Trompe-la-Mort : l’échappée infernale V

/ persona(e) : Cellule Mina Taratuta / écho(s) : #Balzac #Vautrin #Fortune #loi #contrefaçon / espace(s) : @Lumpenlittérature
Trompe-la-Mort : l’échappée infernale V

Faire de la ratio mundi un appel aux flammes, un appel à une voracité des mondes, contre les mondes, un appel au désordre des signes. La ratio n’est que ce cri à nous porté pour que s’éveille notre irratio mundi, notre colère invocatrice de la Fatalité.

Il vit le monde comme il est : les lois et la morale impuissantes chez les riches, et vit dans la fortune l’ultime ratio mundi.

Et nous mâchons longtemps les ruines des temps présents à la recherche d’une vision. Mais c’est Fortune qui porte notre œil au-devant de nos grimaces cyclopéennes, loin des comédies fractales et de la perte du sens. La modernité se pare d’une récursivité de la convoitise face à laquelle nous invoquons la monstruosité de nos invocations. C’est qu’il faut louer Fortune pour qu’elle porte avec nous et les coups et les transes, consume les mondes, nous dévoile la révolution de leur reste. Le geste convoque, et Fortune nous bascule en l’ombre des lendemains qu’elle trafique, où rutile déjà la chose — notre irratio, le dénominateur de nos desiderata, l’infortune du verbe et de ses masques.

Fortuna Redux pour la révolte qui se mue en révolution, pour les mondes qui s’en retournent. Les apparences sont à l’identique, la revolutio mundi dicte une éternelle variation de la sphère ; la situation semble la même, mais c’est oublier que la révolution ne se résume pas à un tour sur soi, elle entraîne nos mondes en une temporalité qui est aussi espace, jamais deux fois identique. La révolution est le tour de Fortune qui bouleverse l’espace en des temps qui diffèrent et s’avancent, et avec eux, dans un trouble d’Empire, Fortune nous commande à nous avancer. La Fatalité règne, et nous embrassons nos mondes qui se renversent, sans lois et sans morale.

Volez un million, vous êtes marqué dans les salons comme une vertu. Vous payez trente millions à la gendarmerie et à la justice pour maintenir cette morale-là… Joli !

Les lois et la morale sont impuissantes chez les riches, les lois et la morale sont une puissance pour les riches. Ils s’empiffrent, s’enfilent, s’affalent sur nos sueurs miséreuses. Les normes sociales, qu’elles se placent du côté du code ou du côté des mœurs, ont la forme du rossignol. La société se force comme la serrure molle des derniers étages bourgeois. En haut, il y a les en bas, la poussière à placer au plus près de l’éther, de celui qui se revend endimanché et promet la concession éternelle aux âmes justes, concession qui ne dure que le temps d’un silence ennuyé, jusqu’à ce que le maroquin et son entrepreneur, vernis, cravate au cou, revendent la tombe à bon prix. Au suivant de la force de travail ! Mais ceux de La Force, contre le travail, rêvent en leurs Antilles un rêve de revolutio mundi.

Ô les furies du fric-frac, le jeu est pipé, les riches s’emmanchent, nous désossent, que notre vengeance leur emplisse les veines de déveine et de défroque, vénéneuse ou vénérienne notre crasse, plein leurs poumons, ô vous belles borgnes des galères, portez vos stridences contre leurs fêtes. Il faut se faire floueur contre les floueurs. Et de l’émeute pour les floués. Et nos azurs contre leurs ors. Au plus haut du ciel, ô vous les monte-en-l’air serez nos saintes, et à tous les maquilleurs des brèmes, vous demeurerez toujours nos reines de déchéance.

L’éducation apprend à faire révérence aux gens de la haute, et faire recel contre les bas-fonds. Une morgue policée à tout casser, et les morgues confites de haillons. Mais ça bout au-dedans de la dèche. Les riches s’en mettent au fond, bourses toutes pleines, remords dévidés pour fourrer l’homélie et le pasteur des pleutres, y distiller la contamination en la pureté qui dicte aux pauvres à aimer leurs souffrances. Et les éduqués qui chourrent jusqu’à ces petits malheurs de méchants, les jugent et les refourguent, tutoient le ciel, et indifférents, ils vont à leurs petits bonheurs, à leurs petites affaires, ça court au-dessus des brisures, il y a encore quelques saveurs à croquer malgré.

Toute norme est une frime. Elle s’apprête, trouve son truc. Elle édicte pour rendre grâce à la gourmandise du rupin qui édicte, mais nous édictons à notre tour, depuis nos brumes affranchies, que celui qui édicte se flétrisse l’âme plus profondément que ne le seront jamais nos épaules. Puisqu’au fil des remous graisseux de nos parlementaires toute norme ne cesse de réinventer sa domination, nous sommons notre œil demeurant de caser ses bassesses dans les hauteurs de l’échelle sociale, de contrefaire les jougs et de se faire jour parmi les chienneries sans visage. Quelle utilité au joug pour le maître ? Dominer la bête, assouvir ses vices. Les riches condamnent l’infamie, ils condamnent à l’infamie, tantôt excusent l’exception d’infamie d’un des leurs, tantôt la condamnent avec véhémence pour que brille d’autant plus leur vertu, mais ils resteront démunis si l’infamie de leur classe tout entière se retrouve révélée, leurs moindres secrets étalés sur la place publique, auprès de la Grève.

Le secret des grandes fortunes se cache en un crime oublié. L’absence de cause frauduleuse de la fortune demeure l’exception, toute fortune a le savoir de la cambriole et de la palabre. Voler, se faire propriétaire, solidifier la propriété privée, la dresser en valeur première, écrire son histoire, et même lui offrir une valeur primitive. La propriété est humaine. Et sans arrêt masquer son fondement : l’être-là et son appropriation exclusive de ce qui s’offre au partage naturellement, et dont la commune présence doit s’évanouir dans la possession individuée. L’être-là pour être au bon moment et faire de bonnes affaires. Coûte que coûte.

Il ne nous reste donc qu’une seule solution, la révélation de la nudité, non celle du roi, mais celle de nos propres agitations. Et d’en faire une création libératrice, un espace à conquérir. Il faut révéler, et que les choses révélées insinuent de l’organisation au sein des enchaînés. Et puis de l’espoir, que les enchaînés lèvent enfin leur museau, embrassent d’autres choses que leurs chaînes. Mais qu’importe l’étendue de notre commune, son horizon sera toujours l’infini de nos gueules ouvertes. La contrefaçon du social s’avance comme notre propre fin, et nous avançons avec elle au-devant de l’établi, parmi les nuées et les cabanes vides, et les joies tatouées de nos débrouilles ont les bras ouverts à ceux qui s’échappent en notre direction. Notre contrefaçon a la puissance de la sédition si elle sait se faire révélation.

passé historique futur