Transdialectique

Trompe-la-Mort : l’échappée infernale IX

Trompe-la-Mort : l'échappée infernale IX

On verse très peu de nouvelles valeurs dans le trésor commun du globe. Tout accaparement nouveau représente une nouvelle inégalité dans la répartition générale. Ce que l’État demande, il le rend; mais ce qu’une Maison Nucingen prend, elle le garde. Ce coup de Jarnac échappe aux lois, par la raison qui eût fait de Frédéric II un Jacques Collin, un Mandrin, si, au lieu d’opérer sur les provinces à coups de batailles, il eût travaillé dans la contrebande ou sur les valeurs mobilières. Forcer les États européens à emprunter à vingt ou dix pour cent, gagner ces dix ou vingt pour cent avec les capitaux du public, rançonner en grand les industries en s’emparant des matières premières, tendre au fondateur d’une affaire une corde pour le soutenir hors de l’eau jusqu’à ce qu’on ait repêché son entreprise asphyxiée, enfin toutes ces batailles d’écus gagnées constituent la haute politique de l’argent.

Roué vif, les membres aux ciels de grève, camarade, qui zyeute la tête, perce la nuée, pour elle, la belle qui, rouge, roule, rouée, place pleine, la laideur et ses citoyens, mais citer les honneurs, le citoyen sali, avide, sali à l’âme par l’avide, sera pour l’éternité plus abîmé que la tête, la belle qui fourra là l’irrévérence, auprès de la lame, contre, contrebande et bande contre ceux qui ont fait du fisc la gangrène de toutes nos libertés.

Roué libre, les membres aux murmures des complices, affranchi, qui crie à la tête, fabrique l’évasion, pour elle, la belle qui, noire, noie, noyée, place vide, la superbe et ses acolytes, mais prier que le sang noble, l’ami, ennobli par l’amitié du geste, sera pour les enfers plus métamorphosé que la tête, la belle qui fourra là l’ivresse, auprès de ses larmes, contre, contrefaçon et façonne contre ceux qui ont fait de l’état la lèpre de toutes nos passions.

Roué vif, roué libre, l’être l’est, il est à ses chemins, au-delà de la laideur, à ses travers, ses traverses, il parcourt les ombres, sous les mondes, il est le cri qui sans sommeil remonte en chaque songe, chaque sombreur, pour qu’étincellent la révolte et le silence, révolte du silence, lui qui s’en veut, s’en prend à ses soupirs. La réticence en croix, la tête est, elle est leste, ronge la rocade pour que s’y fassent montre tours et tourbillons vers le cœur de ceux qui versent sur l’insonore la couleur, quelle stridence sienne, nos anges sont à leur chute, la beauté à la fissure d’étoile.

Sans globe le trésor commun, la richesse commune coupée des possibles, jamais ses partages, s’en remonte la grogne, s’en retourne, elle ou elle-même sans retour, la finance finance ses aises, elle contre nos rêves, nos altérés, la denrée contre la ressource, l’humaine, ils disent la ressource, le ou les globes, les rances, la ou les finances, mais toi, internationale des soupirs, tu n’es pas encore le globe, nous nous contentons de tes communes des soubassements, ça fomente de rires et de vengeances, nos rires ou nos vengeances, mais la vengeance à nos rires étouffés, la finance en mémoire, et sans globe notre trésor à recouvrer.

L’inégalité à la boutonnière, y viser les arrière-globes. Y contrer l’évidence. Nous à nos virées. Et vire la barrière. L’accaparement nôtre, créateur d’égalité, aux globes retirés. Nos offrandes. Crâne contre crâne, crasse qu’entre, craie crisse, à toujours notre crime, à tous ceux qui ont contre les crânes, la crasse, le creux, y tracer à la craie la croix ou la croyance, l’avoir est un crime, et contre crime, nous sommes notre crime recommencé. Contre-jour sur nos abîmes. Du café et l’opium entamé. Fugue ou subterfuges, ça en écrase au dehors des banques.

L’État demande, il rend. L’État est devenu la banque. Sous la banque son peuple. Casse du peuple. L’État se rend, se venge à son tour, il arrache le peuple sous banque, y infiltre l’instrument, travailler le mantra, arrache-peuple, l’État arrache l’œil qui rêve les ciels allongés au-dessus des frontières, nos amours les sociales qui percent les portes, les banques, leurs coffres en enluminure de nos cloaques. Le casse ou le peuple. Qui ne se vend. Qui ne se rend. Se venge. Ne se rend à l’évidence. Le vol est notre dernière courtoisie. Mentir sur la cache camarade. Case sans peuple. Et rendre à l’illusion sa mantille, l’insolence de ses croyances inversées.

La faux sur la répartition générale. Fauchée, faussée, fausser quoi, mais nos faux cils comme les coutelas qui veillent à la vacance des furies. Et pour les faussés, les fauchés, la mémoire vitriol de nos continents affaissés. L’affaissement général, la mine, la grave. Y graver la tension d’inégalitaire, y croire jusqu’aux cris, jusqu’aux crimes. Nos infractions d’extase. La sociale en fracture. L’intime ou l’injure. Partout la passe. Nous à l’allégresse, cachée. Y cacher l’œil parme. Et garder sous surveillances roguerie contre toute gent d’autorité. Notre injure, d’infini, l’amante. Tout à notre turpitude. Comme la turbine d’outrages. Passe-montagnes pour passe-droits. Chérie comme la Ménade offensée. La béatitude masquée demeure la cache des béatitudes vraies.

Le mal vient, chez nous, de la loi politique. La Charte a proclamé le règne de l’argent, le succès devient alors la raison suprême d’une époque athée. Aussi la corruption des sphères élevées, malgré des résultats éblouissants d’or et leurs raisons spécieuses, est-elle infiniment plus hideuse que les corruptions ignobles et quasi personnelles des sphères inférieures, dont quelques détails servent de comique, terrible si vous voulez, à cette Scène. Le Gouvernement, que toute pensée neuve effraie, a banni du théâtre les éléments du comique actuel.

Leur verbe est une extinction. À la lutte, à la clandestine, nous jetons la lueur. Qu’ils nous bannissent du théâtre. Que le spectacle soit la brûlure. Qu’on y fasse crépir les regards, encore une fois, sans la limite des autorisations d’État, théâtre borgne, loges avec vue sur paradis, et ses enfants qui s’égayent, encore une fois, se moquent, ils se fardent comme l’ennemi après que l’archange perd, le peuple perd avec lui la lumière, la bobine qui déroule, l’œil frissonne plus vite que la charogne, l’événement mis en scène pour la chiourme, pour son effroi, et les réjouissances dont l’être est privé, le peuple pour spectacle, sale, mais spectacle encore, les bannis se retirent des hauteurs, qu’ils préparent leur chute, formidable, à jamais leurs imprécations auront le goût de l’étincelle. Le peuple a joui, et il va au bagne. La saveur des chaleurs trouble l’être. L’être est la chiourme. L’unique qui par son faible règne révèle leurs pervers contours. Nous y faisons venir nos frères et nos sœurs des rapines. Nous souillons l’être. Nous y faisons corps et déformations. Que le nombre embrasse le silence des exécutions, que le monde y soit un monde à palabres. Les arbres brûlés, il y a encore la douceur du grésillement pour recouvrir la sommation. Mâcher la brûlure, goûter la cendre. On se bat avec les armes que l’on peut bien. Et qu’ils nous saisissent à leur mire, que leurs bravi y gravent le portrait du trouble, nous sommes en amont de nos fins, nous nous y multiplions, nous cultivons nos échecs pour que, toujours, la défaite soit notre atour. La défaite est une victoire, elle abandonne le sens du triomphe qui impose son empire à l’aliéné. Sa gloire. À mort les arcs et les avenues des parades. Que la souterraine reprenne sa place. La défaite de toutes nos mauvaises têtes. Qu’elle ne fasse plus place aux sommes de leur prééminence. À cette promesse, notre souffle. Nous y tâcherons.

Sicaires à gueule séraphine, nous fomentons nos amours comme des complots. Haute, la politique est haute, son règne seul d’argent, et les dorures qui assomment. Suffisance et pesanteur dans les salles du palais. Pas perdus, et que nos passes perdurent. Telles quelles. Nos rétines s’aiguisent. Sciure sur incurie. La légèreté des simples. Haute est la démesure. Nos extases au fronton d’une potence sculptée à l’image d’Adrastée. Notre aimée n’aura jamais la hideur du succès. Nous nous agenouillons dans le reflet vermeil de nos blasphèmes, nous y fourrons des prières comme des menaces. Hautes, nos nuits plus hautes encore, et les monte-en-l’air avec leurs ailes blanches comme le lys qui embaume nos ombres, le baiser de Samaël, sa langue d’oiseau plus longue encore que leurs arrogances, qu’elle accouche cette langue de nos bâtardes, et nos hymnes qui nimbent nos perfidies, et nos implorations qui entourent la sainte. La belle déesse trace les plans du casse suivant. Nous le monstre et l’aubade pour offrande. Notre laideur ne sera jamais rattrapée par le respect de leurs servitudes. Qu’ils coupent. Grime grimace la grise, le soir est doux, nous sommes l’hydre, quelle aube pour y oser l’interruption. Mais ils tuent notre condamnée. Sa carotide qui teinte l’horizon. Et nos grognes tout près du sous-peuple des isoloirs. S’y blottir de larmes. Conjuration des carnes. Et réincarnation nôtre. Bel ange, ta déchéance qui nous revient. Contre réverbère. Quelques fumées pour faire figure. Plein la pipe, la tourbe. La pupille est plus large que l’obole. Elle s’éprend des règnes, rêve, renverse leurs règnes, rêve, révolte, rêve ou révolutionne, s’avance en ruines, y remet le rêve, le couvercle sous terre des foules, la richesse n’y contamine, elle est notre absence.

persona(e) : Mina Taratuta
espace(s) : @Lumpenlittérature
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