Transdialectique

Trompe-la-Mort : l’échappée infernale I

/ persona(e) : Cellule Mina Taratuta / écho(s) : #Balzac #Vautrin #lumpen / espace(s) : @Lumpenlittérature
Trompe-la-Mort : l’échappée infernale I

Le pavé du bagne plein la tête, l’œil rouge comme l’enfer qui roule sur le monde. Il faut porter en soi le bûcher des hommes pour pouvoir un jour les renverser. À tout le moins, vivre libéré, moins leur morale, loin de leur société de fers et d’obéissance. Bagne baigne, l’âme qui flotte, la grève n’est pas loin, le large, le prendre comme on prend un amant. Si tu vis sur la brèche assez longtemps, tu vivras au-delà des hommes. Les citoyens ne seront plus une barrière.

Le bagne ne va pas sans l’argousin, vous n’imagineriez pas l’un sans l’autre.

Ça se tatoue la libération, dans la négation de la liberté. Le lien du lien et de la séparation du lien, et puis il faut se tatouer la dialectique du vieil Allemand, celle qui parlait encore des amours. Nous, ses enfants naturels, G.W.F. sur l’épaule droite, cette flétrissure formidable pour se souvenir que la négation de la négation offre l’échappée. Le soupçon d’absolu est un passage souterrain qui se dérobe à l’époque des fortunes. Fortunes contre Fortune, cette époque n’entend rien à l’inexistence du hasard. Et quand ça se dévoile, l’absolu, quand ça scintille de mille mensonges, ça se reluque jusqu’à perdre les yeux, et oublier qu’il ne demeure aucune séparation entre le sujet et l’objet, puisque le sujet n’existe pas, qu’il demeure à jamais l’illusion grammaticale d’un animal ne sachant que faire de son seul verbe. L’encre du tatoueur n’est autre que la salive du camarade qui t’apporte en offrande le reflet des marges, contre tout absolu, ton reflet qui se porte avec indifférence du bagnard au bagne, du bagne aux mondes.

C’est le bagne qui offre l’idée de libération. Il faut y goûter, de Toulon à la Colonie, sentir les ancêtres qui tintent de leurs membres et de leurs criminelles amours. Tu trempes ta mémoire dans les âges des exécutions, des voleurs flamboyants qui mataient avec morgue le soleil du soir, noir, chaud et dense, plus dense que l’âtre de leurs campagnes enfantines, blanchies par les rêves et les vols. Les provinces effacées des mémoires, et tout l’avenir pour tenter un dernier casse.

Qu’importe que tu sois le citoyen, l’endormi qui touche la rente de son ennui, si tu songes à épouser la liberté, sache qu’elle a crevé au bagne avant même sa naissance, et que son fantôme n’existe que dans le phénomène de libération. Toute une phénoménologie des chaînes ne dirait pas assez que la liberté n’existe que dans sa poursuite. Une pratique éloignée des contemplations, car seul se contemple ce que la société propose au vol. On ne fait rien des idées, on ne porte à la vie que des actes et des coups, il faut alors embrasser l’acte libératoire si l’on veut épousseter la table des mots, les ronflants, et fourguer les petites attitudes académiques pour la moindre pièce, médiocres comédies qui parlent avec la langue torve de liberté, qui touchent salaire malgré tout, l’argent du peuple pour des discours creux, loin de celui-ci. La liberté n’est autre que la libération. Il faut se libérer de la liberté pour sentir la puissance même du vivant, cette force processuelle qui ne s’accorde aucune fixité, mais qui fait de l’absolu, de l’innommable, un mouvement physique.

C’est de cette vision de l’être que le bagne découle comme le princeps des maux sociaux. Le doublage de peine, le doublage d’âme, bagne à l’âme, et puis tu balances le risque au-dessus du temps, il n’y a pas plus d’existence que de dieu dans la parole bourgeoise qui dicte l’hebdomadaire, mais seulement le vivant, cette vie qui vit malgré la raison, et qui par la négation de la négation, transforme la vie en une affirmation de la vie.

Alors, le garde-chiourme a beau frapper, il frappera toujours de libération l’âme de la chiourme. Rouge, sous-société cicatrisée, mais qui révère l’éclat de ses blessures comme les portes d’un coffre qui se force. Le merveilleux sous-peuple qui tutoie la permanence de la libération en affirmant la permanence du mouvement vital.

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