Transdialectique

Socrate ou l’origine de tous les problèmes II

/ persona(e) : Brigade Pierre Martello / écho(s) : #Nietzsche #Socrate #guerre #dialectique #instincts / espace(s) : @Nihilisme intraveineuse
Socrate ou l’origine de tous les problèmes II

VII.

Der Dialektiker überlässt seinem Gegner den Nachweis, kein Idiot zu sein: er macht wüthend, er macht zugleich hülflos. Der Dialektiker depotenzirt den Intellekt seines Gegners. — Wie? ist Dialektik nur eine Form der Rache bei Sokrates? A.S.N.

Le dialecticien laisse à son adversaire le soin de prouver qu’il n’est pas un idiot : il endiable et il démunit à la fois. Le dialecticien rend impuissant l’intellect de son adversaire. — Comment ? La dialectique est-elle seulement une forme de vengeance chez Socrate ? A.D.T.

Celui qui goûte la dialectique goûte le fait de laisser son ennemi se perdre à prouver qu’il n’est pas tout à fait un idiot — difficile tâche à accomplir quand cet ennemi est la preuve même de l’idiotie. La dialectique rend dément et démuni à la fois. Elle annihile l’intellect de la victime prise dans son piège. Eh quoi ! La dialectique n’est que la tare héréditaire de nos esprits serviles au démon de Socrate, elle n’est que son héritage, sa basse vengeance ! A.D.M.

Le culte est à la conversation. Est-il donc si surprenant que l’époque soit si ennuyeuse ? À la dialectique, qui est en soi cancans pour qui se remémore l’étymologie, nous opposons la polémique. Le verbe guerrier qui tente de conquérir la raison ! Quelle valeur accorder aux dialecticiens face aux polémogènes ? Mais il faut encore admettre la grandeur de la guerre, tâche périlleuse pour un esprit moderne qui ne sait manier le glaive conquérant et se complaît à l’usage de la dague et de pelotons d’exécution — le moderne ou le vicieux sbire du nihilisme. Ce n’est pas la logique qui devrait être enseignée dans les écoles, mais l’éristique, l’art d’avoir raison pour faire avancer la raison. Comment vaincre et faire vaincre une époque en s’attardant en la fadeur du verbe ? Nous l’exigeons à nous-mêmes et à tous les autres qui veulent avec nous créer, il faut faire du langage un glaive vainqueur, destructeur des langues. Il doit précipiter le vivant vers son essence physique. Ne pas rechercher un quelconque démon platonicien — pourquoi ne parle-t-il pas en son nom de pleutre ? C’est à Éris que nous devons ouvrir nos oreilles et nos bras. Elle est le moteur naturel de notre raison. Toutefois, si peu aristocrate, il est normal de voir Socrate s’en éloigner pour préférer susurrer sa bile dialectique. Voilà la vengeance de celui qui se refuse au combat ! Il ne doit laisser aucune grandeur aux polémogènes, mais assassiner par une dialectique viciée. Le guerrier tombe au champ d’honneur, et le déshonneur s’en va vers celui qui refuse d’élever la versatile grammaire à son stade belliqueux. Il semble par conséquent cohérent, d’une implacable évidence que Socrate est la personnification de la laideur, que ses enfants-dialecticiens sont encore plus laids que lui. Cette laideur est d’autant plus soulignée par la vision de notre Silène qui s’en revient avec sa bonhomie camarade. Le fidèle et joyeux protecteur qui a fait des aléas du corps un hymne à la vie — à l’excès de vie. Ce précepteur doit être à l’origine de tous nos mystères. Nous constatons la splendeur de ses métamorphoses, et avec lui, nous enchantons la dialectique verbeuse pour la faire naître une deuxième fois en une dialectique belliqueuse. Du difforme, nous transformons, de l’infortune, nous guerroyons. Avec le mouvement gai de la beauté ! Voici notre grâce ! Faire corps avec la fête, avec la guerre, avec l’harmonieuse dynamique de la vie ! Nous suivons amoureux Silène et la beauté. Il la protège et la glorifie par sa pétulance, alors que Socrate la diminue et la menace par sa modération. Oui, nous l’affirmons : Silène est beau, et Socrate est laid.

XI.

Die Instinkte bekämpfen müssen — das ist die Formel für décadence: so lange das Leben aufsteigt, ist Glück gleich Instinkt. — A.S.N.

Être obligé de combattre les instincts — c’est la formule de la décadence : aussi longtemps que la vie s’élève, bonheur égale instinct. — A.D.T.

Il faut combattre les instincts ! Voici la formule de la décadence ! Tant que la vie s’envole, un seul théorème : le bonheur équivaut à l’instinct. A.D.M.

L’instinct de décadence comme décadence des instincts. Ne plus croire en l’animalité qui sommeille, ne plus essayer de faire de la nature une vertu, c’est le risque de voir la bestialité humaine devenir brutalité humaine. L’esprit de lourdeur se résume tout entier dans cette dénégation. L’époque voit dans les instincts la grossièreté, mais la légèreté demeure chevillée à ce qui est instinctif. Le nihilisme se résume à ce qui s’accroît en niant l’origine de l’accroissement. Le citoyen civilisé, ce mouton consumériste se dit respectueux de la nature, il n’arrive pourtant pas à tuer la bête sauvage pour la manger, mais dévore la charpie animale que lui fournit l’industrie — industrie qui par ailleurs lui place sur le collet le joug contemporain : l’existence contractuelle. La chasse est un jeu pour l’occident. Quel désespoir, quelle décadence d’avoir égaré les hymnes à Artémis ! Que la pierre et l’aérien, les forêts et les mers pardonnent à l’occident ! Leurs si essentielles obscurités énoncent la vérité de ce qui croît, mais qui encore pour les entendre ? Qui pour ne pas s’enchaîner à la lumière blafarde des mégalopoles, pour entrevoir au-delà de l’espace et du temps la nature sombre des croissances ?

Nous, les polémogènes, les grammatoclastes, nous ne croyons qu’aux incarnations de l’animisme, mais nous vivons l’âge triste où les chiens ne savent plus se faire chamans. Les modernes sont à leurs loisirs, à leurs badinages de vacanciers. C’est l’errance qui doit être choisie, et le tourisme combattu. Nos mondes sont devenus le monde de l’immonde, celui du bonheur non instinctif qui dicte l’ordre à ses polices. Le petit égoïsme du lâche face au grand égoïsme du tragique — les lointains échos de cet égoïsme qui se partage. Nier pour être heureux, seul, contre les autres, et toutes choses menaçantes… Attendre paisiblement son salaire, son loyer, sa retraite, sa fin, ne rien attendre de ses actes… Celui qui souhaite ce nihilisme se pare des oripeaux de l’ennemi. Qu’il s’avance ! Nous l’affronterons avec ce qu’il exècre le plus : les instincts. Et jusque dans sa vase close, jusqu’à l’immonde, en cette médiocrité où il s’imagine protégé de tous et de lui-même, l’indomptable nature le vaincra, implacablement. Alors, pourquoi ne pas magnifier ses instincts ? Et combattre et vaincre ensemble, avec la nature, en bêtes féroces tournées vers ce qui va, sans jamais renoncer à l’éminence du devenir ? Nous vous le demandons : pourquoi se dompter soi-même ?

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