Transdialectique

Praxis critique ontologique III

/ persona(e) : Soviet Rosa Jena Groupe Frédérique Schrager / écho(s) : #praxis #poïésis révolutionnaire #démocratie #idéologie #Marx #Thèses sur Feuerbach / espace(s) : @Métamarx
Praxis critique ontologique III

Troisième thèse.

Les humains ne sont pas les produits des circonstances, ils ne sont pas même de quelconques produits, les humains sont des producteurs d’humains. Cette légère parallaxe au sein de la causalité qui engendre les structures sociales révèle le cadre idéologique qui empêche l’autonomie de la multitude, en lui laissant croire que les circonstances de son histoire sont déterminées systémiquement et de façon indépendante de sa volonté. L’idéologie permet de masquer la minorité dirigeante qui détermine les conditions de ce système producteur des circonstances historiques. L’idéologie se fait ainsi art des artifices, création d’un système masquant les étapes intermédiaires de sa causalité afin de suggérer une indépendance de la production systémique des conditions sociales de la vie humaine.

Changer d’angle de vision entraîne la possibilité de mettre fin à l’illusion de l’indépendance des circonstances sociales et historiques. Par la conscience du processus idéologique, l’humain peut ne plus être transformé par l’humain, mais l’humain peut transformer son humanité et commencer à composer une multitude autonome. Il est en possession d’une maîtrise de son environnement qui a le potentiel de déconstruire les hiérarchies l’enfermant en une passivité dépendante de l’idéologie dominante.

Le fait d’accepter une quelconque causalité où la vie humaine serait le fruit des seules circonstances revient à considérer les circonstances comme des éléments extérieurs à la vie humaine elle-même. Cette compréhension représente le centre des démocraties contemporaines, qui font croire à une maîtrise des circonstances politiques tout en limitant une grande majorité du pouvoir décisionnel, conservée par une classe sociale dirigeante et non représentative de la société. Se crée l’illusion que « la vie est ainsi faite », qu’elle se subit, puisque le pouvoir politique, l’action décisionnelle par le vote a déjà été exercé au sein de la société dite démocratique. Cette illusion sert néanmoins une idéologie de la division sociale entre la minorité dirigeante mue par ses intérêts économiques et la majorité dirigée dans le but de servir les intérêts économiques des dirigeants. Cette majorité n’a toutefois pas conscience d’être une majorité dirigée puisqu’elle considère avoir agi sur les circonstances politiques par le fait de choisir, à des intervalles relativement éloignés, une représentation de son pouvoir politique et de transférer de ce fait la quasi-totalité de sa puissance actionnelle à des personnages issus d’une classe sociale minoritaire, classe ne servant que ses intérêts propres et concentrant la quasi-totalité du pouvoir économique et politique : la bourgeoisie décisionnelle.

La majorité dirigée n’a le pouvoir de se libérer qu’en métamorphosant son ontologie, qu’en se transformant en une multitude consciente de sa potentialité créatrice des circonstances historiques et sociales de son existence. Elle doit pour cela se saisir de son autonomie en renversant l’imagerie d’un système déterminant indépendamment et par lui-même les conditions de la vie humaine. Il s’avère crucial de quitter une passivité politique vassale, animée par le phénomène de consommation au sein des conditions offertes par l’époque, pour rejoindre une activité politique créatrice, animée par une action de consumation des conditions offertes par cette même époque. Dans le cadre des démocraties représentatives, le passage politique d’un état passif à un état actif correspond au passage de l’acte inconscient de soumission à celui conscient de transformation.

Le renversement de la causalité politique déterminant le socle de l’environnement de la vie humaine passe par l’avènement d’une multitude qui se saisit justement du pouvoir causal sur son environnement politique en instituant une démocratie envisagée dans toute la radicalité entendue dans son étymologie. Pour que le pouvoir aille au peuple, la démocratie radicale doit refuser toutes les formes de la représentation politique, et se renouveler en une permanence mouvante de la décision concertée. Le pouvoir de la multitude doit devenir liquide, acentré et mobile. La démocratie radicale se comprend comme une potentialité continue de l’intervention concertée et commune sur les structures économiques et sociales de la multitude elle-même. Toute limite, aussi faible soit-elle, doit être considérée comme antidémocratique. Ce pouvoir pour la multitude de se saisir en permanence des conditions déterminant les circonstances de sa propre existence esquisse le cadre d’une autonomie plurielle, unie et distribuée. Cette radicalité démocratique trouve ses fondements dans la possible saisie politique à n’importe quel instant d’un sujet concernant la multitude par la multitude, et cela sans aucune institution politique intermédiaire tel un parlement. Une ébauche de son organisation peut être découverte dans les systèmes informatiques connectés en réseaux acentrés, qui permettent d’envisager le mouvement, l’absence de hiérarchies, l’accessibilité et la permanence du pouvoir décisionnel. Il est néanmoins nécessaire de souligner l’importance cruciale de l’assurance de la liberté et de l’absence de centralisation au cœur de ces réseaux. Cette organisation politique nouvelle d’une permanence du pouvoir du peuple par le peuple sans intermédiaires serait la conséquence politique du renversement ontologique conséquent de l’apparition d’un sujet réticulaire, multitude plurielle et unie, consciente et connectée, découvrant son être à travers le commun de son agir.

La praxis de la transformation de la multitude par elle-même est en soi une action créatrice d’un renversement ontologique et politique des conditions d’existence, une poïésis révolutionnaire. L’activité politique ne se contente plus d’être une simple action, mais se fait pleinement création qui influe directement sur l’environnement de celle-ci par une transformation de son essence. Une telle pratique créatrice et révolutionnaire véhicule une constante auto-éducation émanant de l’expérience poïétique. Cet apprentissage par la pratique nourrissant la pratique demeure une clef de l’autonomie ; cette dernière se trouve affirmée par un phénomène de ruissellement de l’autonomie au sein d’une multitude connectée qui s’auto-éduque et, par conséquent, met fin aux hiérarchies qui placent des limites entre le réel et la volonté de se saisir du réel. La transformation des circonstances qui enserre l’humain en une certaine causalité ne se contente pas d’être une simple praxis révolutionnaire, mais devient de telle manière une poïésis révolutionnaire. Cette distinction enjoint l’humain, transformé par sa propre volonté et composant une multitude consciente, de rechercher constamment à créer afin de transformer la nature immédiate de son environnement et d’étendre de la sorte des espaces nouveaux du devenir politique et social de la multitude. La coïncidence du changement des circonstances et de la praxis correspond à une volonté de créer un environnement nouveau de l’être, qui conduira invariablement à des transformations politiques et sociales conséquentes des changements ontologiques opérés. La poïésis révolutionnaire de la multitude est une activité créatrice de l’autonomie du sujet et dès lors de la libération des conditions politiques et sociales de son existence.

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