Transdialectique

Praeambulum I

/ persona(e) : Brigade Pierre Martello / écho(s) : #Nietzsche #guerre / espace(s) : @Nihilisme intraveineuse
Praeambulum I

Vorwort — L’avant-propos — Praeambulum ou ce mot d’avant pour marcher devant

I.

Inmitten einer düstern und über die Maassen verantwortlichen Sache seine Heiterkeit aufrecht erhalten ist nichts Kleines von Kunststück: und doch, was wäre nöthiger als Heiterkeit? Kein Ding geräth, an dem nicht der Übermuth seinen Theil hat. Das Zuviel von Kraft erst ist der Beweis der Kraft. A.S.N.

Au cœur d’une morne et si éperdument comptable cause, maintenir debout son alacrité n’est en rien un petit tour de force : et pourtant, qu’est-ce qui serait plus nécessaire que l’alacrité ? Nulle chose ne triomphe si n’y prend part de la pétulance. L’excès de force est avant tout la preuve de la force. A.D.T.

Plongé dans le sein noir de l’époque, dans la morne cause qui surgit des ténèbres, malgré ses hurlements accusateurs, ne pas vaciller, rester droit jusqu’aux cieux, avoir la gaieté dédiée aux étoiles, voilà mon plus noble tour de force ! Qu’est-il de plus beau, de plus altier, de plus vital que la gaieté ? Gaieté face à la décadence, gaieté contre le monde, gaieté pour le condor des plus hautes cimes ! Rien ne s’élève de la fange s’il n’a l’extravagance rapace ! Débauche de vigueur, révélation de vigueur ! A.D.M.

L’alacrité, toujours la maintenir intacte dans un monde qui ne se veut plus monde, qui ne contemple même plus son dépérissement. Rien n’a plus la majesté psychopompe, la grandeur des temps qu’offre pourtant l’interrègne. Il ne demeure plus que l’immonde, la mesquine négation des forces vitales. Alors l’alacrité comme réponse ! Elle est la grande conduite, la morale sans morale, celle des ponts tendus au-dessus des époques brisées, vides insondables. La marque d’alacrité sur le monde et sur l’immonde, et la résonance du lointain, comme un appel au renversement.

II.

Der Krieg war immer die grosse Klugheit aller zu innerlich, zu tief gewordnen Geister; selbst in der Verwundung liegt noch Heilkraft. A.S.N.

La guerre a toujours été la grande intelligence des esprits devenus trop intérieurs, trop profonds ; même dans la blessure se trouve une guérisseuse vigueur. A.D.T.

Retourné à l’intérieur de lui-même, parmi les abysses, l’esprit recouvre l’intelligence du glaive ; il attend le salut de son sang par son sang, la belliqueuse blessure comme force thérapeutique. A.D.M.

Ce n’est pas la promesse d’un Valhalla qui élève la guerre, c’est le courage du guerrier qui continue à avancer malgré les barrières qui s’érigent en lui. Wagner est le grand sycophante, lui qui contraignit le Nord et l’héroïsme à sa propre lourdeur. Qu’est-ce qu’un mondain, un suiveur de Schopenhauer peut comprendre à l’audace des Valkyries, à la sagesse guerrière de Skuld ? Un lâche qui constate la puissance de la nature, s’abreuve à cette source, et ne crée qu’en stagnant, qu’en refusant à tous ce qu’il se refuse à lui-même : la fulgurance vitale. L’esprit qui se bat pour une quelconque idole exprime la corruption de l’esprit, cette basse volonté causale de chercher par son acte des brèches nouvelles dans sa prison — une prison que l’esprit moderne, pénible et pénitent, a lui-même construite le long de sa misère. La guerre est sa propre fin, elle ne se porte pas vers l’autre, mais augure la noblesse du sacrifice pour le sacrifice, elle se confond au guerrier qui a le geste élévateur d’affirmer la vie en étant prêt à disparaître seul avec elle.

Mais quelques médiocres gouvernent avec l’accent hypocrite des pusillanimes, bien terrés en leurs ors, et ils pervertissent la guerre en une haine meurtrière qui lance la chair contre la chair, quelques ignobles esprits qui perçoivent dans les monceaux de cadavres un piètre utilitarisme, une dynamique de leur temps. Et pourquoi ces cadavres, ces soldats se sont-ils soumis, pourquoi n’ont-ils pas été des guerriers, dans l’héroïsme de la guerre à soi, pourquoi ont-ils joué le jeu de la faiblesse, pourquoi se sont-ils laissés gouverner, pourquoi sont-ils morts s’ils obéissaient à d’autres ordres qu’à ceux de leurs entrailles ? C’est le courage des entrailles, la grandeur de la guerre, le reste n’est qu’un venin qui réagit à la vie.

La guerre n’existe que dans l’esprit qui combat avec lui-même, dans la recherche de son propre éclat, des miroitements de sa puissance ; jamais elle ne réside à l’extérieur de soi, dans les entrechoquements carnassiers. La guerre gronde, elle est à l’estomac. Voilà la grande opposition des opposés qui propulse toute matière vers son devenir lorsqu’elle mène la guerre vers les profondeurs de l’esprit, lorsque le guerrier se fait à la fois vainqueur et supplicié, métamorphose des heurts ! La race du guerrier est accessible à tout esprit qui veut se faire guerrier pour soi, contre soi — faut-il encore le vouloir, est-il encore possible de le vouloir ? Le loup, quel autre modèle que le loup ? Vigny l’avait compris, mais si peu encore le comprennent — son sang bouillonne, il est sa propre éternité.

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