Transdialectique

Morale comme contre-nature I

/ persona(e) : Brigade Pierre Martello / écho(s) : #Nietzsche #naturalisme #morale #nature #physique #meute / espace(s) : @Nihilisme intraveineuse
Morale comme contre-nature I

Moral als Widernatur — Morale comme contre-nature — Contre contre-nature, la seule nature face à la morale

III.

Nichts ist uns fremder geworden als jene Wünschbarkeit von Ehedem, die vom »Frieden der Seele«, die christliche Wünschbarkeit; Nichts macht uns weniger Neid als die Moral-Kuh und das fette Glück des guten Gewissens. Man hat auf das grosse Leben verzichtet, wenn man auf den Krieg verzichtet… A.S.N.

Rien ne nous est devenu plus étranger que ce souhait-là d’autrefois, le souhait de la « paix de l’âme », le souhait chrétien ; rien ne nous fait moins envie que la morale-vache et le bonheur gras de la bonne conscience. On renonce à la grande vie quand on renonce à la guerre… A.D.T.

Qu’est-il de plus étranger à nos yeux que cette envie venue d’âges lointains, cette envie de la « paix de l’âme » — la folie chrétienne pour antalgique. La traîtrise, à vif, elle travaille les nerfs. Nous balançons la tête, rien ne peut nous atteindre, nous sommes guéris de leur envie. Nous levons nos yeux vers les cieux, d’autres cieux, jamais les leurs, et nos yeux, grands et écarquillés, sont-ils vraiment les seuls à voir ? Mais face à nos yeux, encore les leurs, ces yeux bovins qui suivent docilement le vacher — le prêtre, le politique ou l’enseignant. Ah ! Leur bonheur gras, leur conscience grasse ! Quelle obscénité ! Ils ont renoncé à la grande vie, à la vie légère, en renonçant à devenir des minotaures. A.D.M.

Quelle paix de l’âme pour les bovins ? Quelle sagesse pour le troupeau s’il refuse sa métamorphose en meute ? Pourquoi la bonne conscience ne plonge-t-elle pas ses mains dans la terre noire sur laquelle elle construit son église ? Pourquoi refuse-t-elle de sentir l’électricité des entrailles du réel ? Elle pourrait comprendre ce qu’est l’âme, la physique principielle, le souffle de l’être commun à toutes choses, partagé par toutes choses, souffle qui façonne son destin. Et comment une conscience saine pourrait-elle souhaiter la paix, elle qui doit se battre pour qu’un devant soi existe ? Il faut devenir meute pour parcourir le temps de la nature retrouvée. Se tenir au côté d’arbres paisibles, et hurler avec eux, ensemble, à la vie qui va.

Devenir le groupe indissociable de son environnement — pour cette raison, nous devons refuser avec une grande fermeté la petite morale des bovins, et pour cela, c’est la grande férocité du minotaure que nous invoquons. La nature peut bien être méprisée, avec nous, le minotaure ne sera jamais seul, il se multipliera en notre meute. Cette grande férocité insufflée, qui s’élève pour briser les œuvres labyrinthiques de l’époque, par son éveil, traverse les espaces clos de la raison et se confond au mouvement irréfragable. Quelle que soit sa déclinaison spatiale ou temporelle, l’essence physique se développe immuable en avance sur l’être, l’entraînant en un flux que nous poursuivons, une croissance entropique où foisonnent les perspectives sur nous-mêmes.

Devenir une république du mouvement — meute ou horde, nous fabriquons notre multitude en divisant nos apparences. La fatalité nous a déposés dans un désert d’herbes et de vents. Face à nous, l’horizon vallonné, son silence qui peuple notre errance. La tête renversée, notre œil s’y projette transi. Nous sommes ici pour plonger nos mains dans la terre noire, pour sentir l’électricité des entrailles du réel. À nos côtés, tant de braves, tant de guerriers, tant de grammatoclastes revenus de la mort citoyenne. Nous entendons au loin la mélancolie des forêts. Nous nous muons en son chant, et nous continuons à combattre parmi l’érème. Serait-ce une tempête ? Ne serait-ce pas plutôt le premier aulos du premier humain, ou peut-être le soupir des steppes, le premier morin khuur ? Une voix des entrailles. Où sommes-nous donc si ce n’est en nous-mêmes ? Avec le Tartare qui chante la mort du cheval ailé. Tant que nous marcherons, jamais sa force ne se dissipera, et tant que nous volerons, jamais la grande vie ne s’estompera.

IV.

— Ich bringe ein Princip in Formel. Jeder Naturalismus in der Moral, das heisst jede gesunde Moral ist von einem Instinkte des Lebens beherrscht, — irgend ein Gebot des Lebens wird mit einem bestimmten Kanon von »Soll« und »Soll nicht« erfüllt, irgend eine Hemmung und Feindseligkeit auf dem Wege des Lebens wird damit bei Seite geschafft. A.S.N.

— Je mets en formule un principe. Tout naturalisme en morale, c’est-à-dire toute morale saine, est dominé par un instinct de la vie, — un quelconque commandement de la vie est empli d’un canon bien défini de « doit » et de « ne doit pas », une quelconque inhibition ou hostilité sur le chemin de la vie sera ce faisant mise de côté. A.D.T.

— Je nous élève jusqu’aux nues par la formule d’un principe premier. Toute morale saine s’indexe à la nature, et n’est donc plus morale. Cette amorale est un naturalisme en tant qu’instinct de vie. La vie commande, elle sépare ce qui doit être conforme à la nature de ce qui ne l’est pas — ce qui doit être par conséquent conforme non pas à la stagnation, qui emplit l’esprit moderne contaminé par l’héritage chrétien, mais à la croissance. Cette conformité dicte le devoir, la conduite naturelle qui impose de renverser ce qui encombre le chemin du vivant. A.D.M.

Être l’ermite au-dedans de soi. La voie de l’ermite, qui délaisse les croyances évanescentes pour rejoindre le cœur de la nature et accompagner son mouvement, est la seule voie. L’ermite est un ermite de la civilisation, il n’est pas là pour servir les fascinations de l’immonde — l’erêmos, le souhait du désert de la civilisation pour illuminer l’horizon humain, lui indiquer la voie vers ce qui gronde et s’étend : un mouvement conjoint du mystère. Mais la voie de l’ermite n’est pas la voie de la solitude, elle est la voie de l’erêmos, le rafraîchissant désert que le pluriel parcourt — un parcours de l’ensemble, le chemin de ceux qui sont neufs par leur volonté et qui veulent une volonté toujours plus grande de leur extension. Et ils s’étendent ainsi en une solitude qui se retrouve dans le pullulement moderne, celui qui empêche toute « vectorialité », contraint toute meute à l’enfermement en sa propre individuation. La prononciation même du terme « ipséité » devrait provoquer des vomissements à celui qui choisit la saine conduite du naturalisme. Avec la conscience de cet enfermement, un mouvement vers le mouvement émerge, le désert peut être atteint. Ceux qui rejoindront le mouvement formeront par leur volonté notre désert d’herbes et de vents, ils se feront meute : l’espoir animal de toutes les extensions et de toutes les solitudes. Le dialogue entre la pierre et les nuages pourra être enfin perçu, son enseignement sera un enseignement d’étincelles pour ceux qui auront appris à entendre les murmures du désert et qui auront la sagesse de s’entrelacer inséparablement à l’érème : une meute en tant que mouvement conjoint du mystère.

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