Transdialectique

Les quatre grandes erreurs II

/ persona(e) : Brigade Pierre Martello / écho(s) : #Nietzsche #Florence #rêve #dieu #tout #finalité / espace(s) : @Nihilisme intraveineuse
Les quatre grandes erreurs II

IV.

Vom Traume auszugehn: einer bestimmten Empfindung, zum Beispiel in Folge eines fernen Kanonenschusses, wird nachträglich eine Ursache untergeschoben (oft ein ganzer kleiner Roman, in dem gerade der Träumende die Hauptperson ist). Die Empfindung dauert inzwischen fort, in einer Art von Resonanz: sie wartet gleichsam, bis der Ursachentrieb ihr erlaubt, in den Vordergrund zu treten, — nunmehr nicht mehr als Zufall, sondern als »Sinn«. A.S.N.

Procéder du rêve : une sensation bien définie, par exemple à la suite d’un lointain coup de canon, une cause s’insinue ultérieurement (souvent tout un petit roman, dans lequel justement le rêveur est le personnage principal). La sensation persiste entre-temps, dans une sorte de résonance : elle attend pour ainsi dire jusqu’à ce que l’instinct des causes lui permette d’occuper le devant de la scène, — désormais non plus comme hasard, mais comme « sens ». A.D.T.

Dans les tréfonds du rêve, s’insinuer, tout au-dedans, et voir s’insinuer à son tour une sensation bien définie, un procès d’établissement. Prenons un exemple, un coup de canon, son fracas ! Et ensuite, une cause qui apparaît, tout un petit roman, parfois une chanson de geste qui s’écrit dans l’esprit ennuyé — il est bien évidemment le héros du récit, il faut bien qu’il lutte contre l’ennui. Quelques traces encore de sa santé. Cette réécriture de la réalité l’embaume, se répète, et se répète inlassablement, jusqu’à ce que l’instinct de causalité lui offre l’opportunité de s’étaler de tout son long au-devant de la scène. Désormais, plus de hasard, le coup de canon fait sens. A.D.M.

La République de Florence, sa splendeur débarrassée des Medici, son siège et ses défenseurs. Souvenir de Michelangelo, l’homme des arts et de la République. Contre les dévots espagnols qui se mélangent aux barbaries germaniques. Contre les papes. Ces êtres croisés aux Medici dégénérés — lointaine déjà l’époque d’il Vecchio. Lui savait que ce n’était pas le duché qui fait la noblesse. Et Machiavelli qui meurt l’année de la libération. Que l’on a chargé de pactiser — témoignage que l’on ne sait pas, à l’époque déjà, lire entre les lignes. N’est-il pas semblable à Michelangelo, un homme des arts et de la République, de l’art dissimulé de la République ? Trois ans après sa mort, l’enfouissement de la République. Mais avant, le siège de la saine cité. Les canons au loin. Et les Florentins qui jouent et se jouent des vassaux du pape. À Florence, s’il faut avoir un roi religieux, il ne pourra être que le Christ, mais un Christ guerrier, jamais un romain, surtout si c’est un de ces Medici, ceux de la dégénérescence — en d’autres termes, un simple serviteur des arts, confit de rancœur, voulant se venger et trôner sur ce qu’il n’est pas.

Ne jamais divertir et se divertir chez les Florentins. Pourquoi se détourner dans la cité des arts, le berceau de la grandeur ? Ici, jouer et se jouer, avec la glorification de la bestialité ordonnée. Sublime calcio storico. Effronteries pour affronter la dégénérescence. Ils ont distillé le sublime malgré la pesanteur chrétienne. Et aujourd’hui de quoi héritons-nous ? Les canons tirent à blanc, et nous nous réjouissons. Cela nous divertit. Nous croyons nous remémorer l’histoire. Nous nous détournons de son essence. Qu’ils chargent leurs canons, et qu’ils nous tirent dessus ! Eh quoi, à défaut de vivre, qu’ils existent un peu ! Ils verront que le secret des arts, celui que la ruse florentine a déguisé avec la plus haute intelligence, n’a en rien perdu de son éclat. Nous ne voulons pas nous divertir avec l’époque, nous voulons jouer et nous jouer, accroître le secret des arts. Cet imaginaire moderne qui s’impose ne s’imposera pas à nous, sains esprits d’une saine cité. Son obscénité divertissante peut se masquer, nous sommes entraînés à voir au travers des masques. Elle reste peut-être un moyen de tromper l’ennui. Un opiacé contre l’anesthésiant. Mais même cette obscénité s’amenuise. Le divertissement s’hystérise, il laisse de moins en moins de place à l’imaginaire, même à celui que la bonne morale impose. La médiocrité médiocrise. Medici médiocrité, toujours plus. Et vous vous demandez donc pourquoi nous toisons avec rage l’époque ? Vous voulez que nous soyons raisonnables, dociles, chiens sous Medici, prêts à acquiescer à la petite rêverie consumériste ? Jamais. Nous sommes des Florentins, et des républicains qui plus est, nous appartenons au monde des mythes.

VIII.

Wir haben den Begriff »Zweck« erfunden: in der Realität fehlt der Zweck… Man ist nothwendig, man ist ein Stück Verhängniss, man gehört zum Ganzen, man ist im Ganzen, — es giebt Nichts, was unser Sein richten, messen, vergleichen, verurtheilen könnte, denn das hiesse das Ganze richten, messen, vergleichen, verurtheilen… Aber es giebt Nichts ausser dem Ganzen! — Dass Niemand mehr verantwortlich gemacht wird, dass die Art des Seins nicht auf eine causa prima zurückgeführt werden darf, dass die Welt weder als Sensorium, noch als »Geist« eine Einheit ist, dies erst ist die grosse Befreiung, — damit erst ist die Unschuld des Werdens wieder hergestellt… Der Begriff »Gott« war bisher der grösste Einwand gegen das Dasein… Wir leugnen Gott, wir leugnen die Verantwortlichkeit in Gott: damit erst erlösen wir die Welt. — A.S.N.

Nous avons inventé la notion de « finalité » : dans la réalité, la finalité manque… On est essentiel, on est un morceau de fatalité, on appartient au tout, on est dans le tout, — il n’y a rien qui pourrait orienter, mesurer, comparer, condamner notre être, car il faudrait orienter, mesurer, comparer, condamner le tout… Mais il n’y a rien en dehors du tout ! — Que personne ne soit plus rendu responsable, que le mode d’être ne soit plus ramené à une causa prima, que le monde ni comme sensorium ni comme esprit ne soit une unité, ceci seulement est la grande libération, — ce faisant seulement l’innocence du devenir est rétablie… La notion « Dieu » a été jusqu’à présent la plus grande objection contre l’existence… Nous nions Dieu, nous nions la responsabilité en Dieu : ce faisant seulement nous délivrons le monde. — A.D.T.

Notre invention dont nous tirons une grande fierté : la « finalité »… De l’orgueil pour si peu… Dans la réalité, existe-t-il la « finalité » ? Il n’existe que son absence. Nous sommes en soi une partie indissociable du tout, son essence nous forme, et nous venons participer à son essence en retour. Notre être… Ingouvernable, immesuré, incomparable, inattaquable. Car le tout est ingouvernable, immesuré, incomparable, inattaquable. Et rien n’existe en dehors du tout ! — Pour la très haute, la très grande libération : l’éradication de la responsabilité, le refus de toute cause première du mode d’être, la négation de l’unité du monde comme sensation ou comme esprit… C’est l’assurance d’un devenir à nouveau innocent. Leur dieu a été jusqu’à ce jour la plus immonde salissure connue des vivants. Nous vomissons leur dieu, nous dénions à tout dieu une quelconque responsabilité : et de ce fait, nous devenons la libération des mondes. — A.D.M.

Qui comprend l’explosion d’un volcan en termes de finalité ? Empédocle lui-même revenu des flammes nous conjure de délaisser cette vieille lubie : la finalité, quelle finalité pour le faucon ? Celle de fondre gracile sur sa proie ? Celui qui ose la réponse « pour se nourrir » se tient à une infinie distance de l’élégance naturelle — ce concept qui nous obsède tant, dont nous faisons l’utile antiutilitarisme, outil contre l’horloge des médiocres, toujours cette même heure du présent, ce heurt qui provoque leur déclin, parce qu’il n’y a que du déclin sans la compréhension de la nature et de son mouvement d’élégance, d’espace et de temps : sa dynamique d’être. Le fait de vouloir rayonner vers soi, de rapporter n’importe quel événement à sa personne conduit irrémédiablement à croire que les événements s’inscrivent en une suite causale centrée sur l’individu causant. Le cerveau lui-même, cet organe du rayonnement, se contente de rayonner en soi. La nature ne s’ennuie pas de concentration, elle diffuse, dans une absence motrice de centre, elle s’en va vers l’inconnu, telle la lumière des astres, vers un tout qu’elle entraîne dans sa course. Ce tout d’élégance, ce tout d’espace et de temps se place en une continuité du vivant ; il l’invite à refuser la stagnation. Le naturalisme consisterait alors à accepter cette invitation, à refuser le langage, l’idée même de nature — aucune séparation, et nous devrions nous nommer, indistinctement, les uns les autres : « physique ».

Nos esprits les plus savants, encore centrés, concentrés sur notre humble planète, s’égarent en une morphologie des rondeurs, oubliant que l’univers ne stagne pas, mais qu’il n’a soif que d’expansion. Le tout ne se définit pas par l’unitaire, le centré, l’homogène. Il est un mouvement qui se calque sur le pluriel, le dispersé, l’hétérogène, ce qui ne l’empêche pas d’être, avec nos errances, l’ordinaire, le vectoriel, le foisonnant. Le tout est commun à toutes les entités naturelles. Cette définition ne semble pas discordante aux contempteurs de la stagnation, à ceux qui font corps avec la nature en devenir — elle, l’évidence d’une harmonie qui avance. En admettant cette jonction d’être entre notre esprit et la physique, dans la négation de l’idée séparatrice de nature, nous devenons avec elle indicible, invincible — la victoire ne peut pas être vaincue. Ensemble se manifeste l’état des innocents : le mouvement de ceux qui ne causent aucun mal, à qui nul ne peut causer du mal. Avec cette conscience innocente, la table se fait rase de toute idole et de toute morale, et avec superbe et sauvagerie, du dieu des monothéistes. Cette conscience est notre libération de leur monde, de leurs soumissions, elle offre de nouveaux possibles, de nouvelles multiplications, de nouvelles perspectives.

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