Transdialectique

Les quatre grandes erreurs I

/ persona(e) : Brigade Pierre Martello / écho(s) : #Nietzsche #morale #ruine #dégénérescence #individu #ego #temps #volonté / espace(s) : @Nihilisme intraveineuse
Les quatre grandes erreurs I

Die vier grossen Irrthümer — Les quatre grandes erreurs — Grande confusion fois quatre.

II.

Die Kirche und die Moral sagen: »ein Geschlecht, ein Volk wird durch Laster und Luxus zu Grunde gerichtet.« Meine wiederhergestellte Vernunft sagt: wenn ein Volk zu Grunde geht, physiologisch degenerirt, so folgen daraus Laster und Luxus (das heisst das Bedürfniss nach immer stärkeren und häufigeren Reizen, wie sie jede erschöpfte Natur kennt). A.S.N.

L’église et la morale disent : « une lignée, un peuple sera ruiné par vice et luxure. » Ma raison rétablie dit : quand un peuple dépérit, dégénère physiologiquement, il en résulte de la sorte vice et luxure (c’est-à-dire le besoin de stimuli plus forts et plus fréquents, comme le connaît chaque nature harassée). A.D.T.

L’église, sa morale, leur morale, toute morale, et une seule et même voix qui condamne : « le vice et la luxure entraîneront les peuples et leurs héritages vers leur ruine. » Sursaut de vigueur ! Ma raison recouvrée, ma colère recouvrée leur répondent : « la ruine des peuples et de leurs héritages entraîne le vice et la luxure. » Ils ont besoin d’une quantité accrue de sensations pour sentir encore quelque peu leur existence. La dégénérescence des sens… Mais quelle meilleure illustration du vice et de la luxure que l’église, sa morale, leur morale, toute morale ! A.D.M.

Le nihilisme, c’est-à-dire l’heureuse possibilité de tout faire et le choix opiniâtre de ne rien faire, est la substance de l’égarement moderne, celui qui mène à la contemporanéité de notre occident — une réalité faite d’apparences, un jeu continuel d’illusions. La première confusion est les faux-fuyants des individus contemporains, pensant disposer de leur temps, une fois leur tâche travailleuse remplie. Le temps libre serait un temps « à soi ». Égoïsme contre tous les egos. Mais ce temps dit « à soi » est-il au moins devenu profitable ? Qu’y voyons-nous ? L’horreur silencieuse. Notre époque le sait, et le tait pourtant, elle semble trop occupée à se complaire dans l’indétermination de sa volonté. Nous voyons, en ce temps « à soi », germer l’ennui et les tentatives de fuir l’ennui. Rien ne s’y fabrique, puisque tout existe par négation — le temps « à soi » demeure le temps de la négation du travail, et jamais ce temps « à soi » ne s’affirme comme l’élévation « de soi ».

La civilisation écoule son nihilisme en nos veines ahuries. Une lassitude terne s’éprend de nos esprits travailleurs. L’air du temps parmi nos langueurs. Et le réveil impossible puisque le temps « à soi » disparaît si prestement face au temps « hors de soi ». Quoi de plus pour que nous nous saignions ? Pour que nous nous dégagions du visqueux et remplissions nos vaisseaux d’un transport antique ? La fureur. Nous n’avons pas besoin de leurs narcotiques industriels, la transe est naturelle pour ceux qui se saisissent du naturel « en soi ». Nous ressentons la moindre variation de l’air, nous goûtons la sève des arbres et la subtile croissance du déclin de notre société, et peut-être avec elle, la subtile croissance d’une nouvelle conscience. Collective et indivisible. Commune et distribuée. Une conscience qui ne se prélasse pas dans les petites jouissances et les petits ennuis pour masquer la nécessité d’interroger le cycle dans lequel elle s’inscrit. Et de le briser pour en façonner de nouveaux. Ne plus subir, mais bâtir, réduire à néant le néant, expulser l’ennui, aviver la joie, transformer la ruine en un monument.

III.

Die »innere Welt« ist voller Trugbilder und Irrlichter: der Wille ist eins von ihnen. A.S.N.

Le « monde intérieur » est bourré de mirages et de feux follets : la volonté est une des leurs. A.D.T.

En s’enfouissant dans le « monde intérieur », il est possible d’entrevoir le théâtre de la Chimère. Comment ? La seule et unique représentation est celle de la volonté. A.D.M.

Flammerole n’est pas flamme, elle est l’illusion qui la contamine. Elle advient par la volonté individuelle dominant la chose citoyenne, mais la volonté ne peut réellement exister dans sa forme individuelle sans devenir à son tour une dégénérescence, une accumulation de désirs égoïstes à assouvir, qui infuse dans le champ des repos. La volonté individuelle est la chimère dont les griffes sont solidement plantées dans la modernité. Mais les fumées seules du mirage enfantent-elles cette dégénérescence ? N’est-ce pas plutôt la dégénérescence qui engendre à nouveau la dégénérescence ? Et quelle origine à cet engendrement ? — Le fait de chercher des causes plutôt que de construire une destinée, mais sa substance n’a plus de cause qui vaille, lorsqu’elle s’entend comme une éternelle continuation.

Cette volonté individuelle doit être inversée, la chimère tuée. Mais comment concevoir une telle inversion vers une volonté collective pour notre grammaire ajustée sur la première personne du singulier ? Du singulier ou de la banalité ? L’ordinaire devrait être resplendissant, et non centré sur l’angoisse moderne du « je ». Il ne reste donc qu’à fendre l’image du sujet, qu’à conjuguer au pluriel — une nécessité sans équivoque pour toute hybridité qui ose croiser le regard de la chèvre. Bellérophon ne combat pas seul, il se met en campagne avec la force du taureau, le courage empierré de ses ancêtres, la vivacité aérienne du cheval. Dompte-t-il Pégase ou l’apprivoise-t-il ? Ni l’un ni l’autre. Il s’allie à l’animalité pour faire vaincre une croissance contre toute démesure. L’instrument de la victoire : la volonté collective.

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