Transdialectique

#Nietzsche

Le marteau parle *

« Der Hammer redet — Le marteau parle — Parole de marteau. Warum so weich? Oh meine Brüder, also frage ich euch: seid ihr denn nicht — meine Brüder? Warum so weich, so weichend und nachgebend?

@Nihilisme intraveineuse

Ce que je dois aux anciens II *

« IV. Denn erst in den dionysischen Mysterien, in der Psychologie des dionysischen Zustands spricht sich die Grundthatsache des hellenischen Instinkts aus — sein »Wille zum Leben«. Was verbürgte sich der Hellene mit diesen Mysterien?

@Nihilisme intraveineuse

Ce que je dois aux anciens I *

« Salluste sait nous faire sacrifice de Catilina, et pour cette raison, Salluste demeure le grand poète de nos combats. Il met dans la lumière l’effondrement. Provocation par le sentiment de vengeance. Cicéron face à Catilina. Contre tous se tenir aux côtés de Catilina. Salluste se tient aux côtés de César — lui qui demeure la transcendance de la vengeance. Incarnation des éboulements.

@Nihilisme intraveineuse

Incursions d’un inactuel VII *

« L’embrun tailla pendant bien des siècles des caractères somptueux, des mers de Chine aux Caraïbes, sans omettre cet espace des émancipations : les songes de Madagascar. Aux sabres impitoyables et à l’intelligence politique surpassant les énigmes florentines, certains énergumènes ont hissé haut les voiles et la figure d’écume pour semer en leurs rangs l’intuition machiavélienne — aucune durée parmi le brouillard s’il n’existe en eux la fulgurance.

@Nihilisme intraveineuse

Incursions d’un inactuel VI *

« Nous sommes meute, parce que la meute a pour identité le mouvement autonome, ce qui la distingue des animaux serviles qui composent le troupeau. En rien la peur ne commande aux déplacements précipités, mais une motivation chasseresse encourage le groupe à sentir les traces laissées par la fatalité. La victime isolée choisit de fuir ou d’affronter, d’être méprisable ou tragique, mais si elle ne se trouve pas isolée et qu’elle aussi s’avance en meute, nulle victime ne subsiste : en bande, le sauvage bataille, et s’élève hors d’haleine le souffle demeurant du tragique.

@Nihilisme intraveineuse

Incursions d’un inactuel V *

« Le nihilisme aussi actif puisse-t-il paraître face aux langueurs décadentes n’en demeure pas moins une passivité négatrice de la vitalité. En son sein, il semble donc bien normal pour des esprits avisés d’examiner le pessimisme de la pire espèce : le renoncement actif.

@Nihilisme intraveineuse

Incursions d’un inactuel IV *

« Il est venu le temps où l’ouvrier troque le couteau entre ses dents contre une dentition brillante à balader le long de la côte. De l’azur il ne connaît que le lustre clinquant. Où s’en est allée sa colère qui bleutait d’espoir notre morne figure ? Il n’est plus capable des soubresauts qui ont précipité les temps vers les temps modernes — le trouble du temps est devenu l’air du temps, et les causeurs du trouble sont devenus les touristes. L’assiette toujours creuse, toujours la même soupe pour cervelles creuses. L’estival rime à présent avec l’absence. Vacances forcées, jamais de vacance ouvrière, l’été des états marécageux, et le divertissement pour s’injecter le Léthé tout entier.

@Nihilisme intraveineuse

Incursions d’un inactuel III *

« Le goût amer, les saturnales au loin. — L’horreur que ce goût laisse en souvenir, et la réalité inaccessible. — Vague après vague, comme la grève. — Des esclaves recouvrent soudain la parole, franche des brimades hiérarchiques. — L’engloutissement par la pâleur hivernale, la réjouissance qui renverse les échelles sociales. — Du vert dans le blanchâtre, la chaux qui empourpre l’échafaud. — La révolution comme le retour qu’elle représente.

@Nihilisme intraveineuse

Incursions d’un inactuel II *

« Les pinsons se réjouiraient-ils des vers pullulant sur la dépouille de Darwin ? Mise en abyme du festin : de petites bêtes immorales pour de petites bêtes immorales. La vie brute. Car l’évolution darwinienne ne s’intéresse que peu à la morale des oiseaux — pourtant leur attribut le plus glorieux. Celui qui croit en la finalité darwinienne s’égare parmi le triomphe des faibles — parce que les faibles sont les forts dans les théories de Darwin. Tout naturalisme est en soi anti-darwinien.

@Nihilisme intraveineuse

Incursions d’un inactuel I *

« Le mauvais œil, partout cet œil identique, l’œil libéral, qui ne veut sa liberté qu’à partir de celle des autres — ses ennemis puisqu’il est en incapacité de s’allier à quiconque. Il ne regarde pas dans un but précis, il vaque, et son regard vacant finit par désirer le regard de l’œil étranger. Comme l’œil moderne ne peut pas observer le lointain, il zyeute autour de lui, il grogne après ce qu’il n’a pas — ce qu’il ne veut pas avoir, mais qu’il désire malgré tout.

@Nihilisme intraveineuse

Ce qui fait défaut aux Allemands II *

« Pour apprendre à voir, nous vous invitons à entrer à pas feutrés dans Santa Maria del Popolo, à oublier le poids chrétien, à y distinguer le fantôme de Néron. Apprendre à voir avec les artistes qui ont transcendé le dogme pesant en ces lieux. Ils ont su placer le beau en tant qu’assurance pour l’acrobate qui vacille, aux dépens des pontifes et des décadents.

@Nihilisme intraveineuse

Ce qui fait défaut aux Allemands I *

« « Deutschland, Deutschland über Alles ». — Hoffman sur de la musique autrichienne. — On croit à une pensée libérale. — On oublie sa haine des Français. — La haine des Français empêche une quelconque quête de liberté. — Un hymne pervers, découpé. — Son début est masqué. — Pourtant, là. — Le Deutschlandlied. — De la chansonnette qui ose « über alles in der Welt ». — La lourdeur allemande au-dessus du monde. — De la bière et des bottes, un modèle d’Europe. — Une économie du geste politique. — Aucune repentance, et la social-démocratie.

@Nihilisme intraveineuse

Les « améliorateurs » de l’humanité *

« La figure tutélaire de la médecine se rappelle à notre souvenir. À un âge de la confusion des signes, où les maladies sont des symptômes d’un mal si profond qu’il est préférable de le taire, la parole d’Hippocrate devrait fonder toute sémiologie — la raison appliquée aux signes. Ils prolifèrent comme jamais, et ils sont ignorés comme jamais.

@Nihilisme intraveineuse

Les quatre grandes erreurs II *

« La République de Florence, sa splendeur débarrassée des Medici, son siège et ses défenseurs. Souvenir de Michelangelo, l’homme des arts et de la République. Contre les dévots espagnols qui se mélangent aux barbaries germaniques. Contre les papes. Ces êtres croisés aux Medici dégénérés — lointaine déjà l’époque d’il Vecchio. Lui savait que ce n’était pas le duché qui fait la noblesse.

@Nihilisme intraveineuse

Les quatre grandes erreurs I *

« Le nihilisme, c’est-à-dire l’heureuse possibilité de tout faire et le choix opiniâtre de ne faire rien, est la substance de l’égarement moderne, celui qui mène à la contemporanéité de notre occident — une réalité faite d’apparences, un jeu continuel d’illusions. La première confusion est les faux-fuyants des individus contemporains, pensant disposer de leur temps, une fois leur tâche travailleuse remplie.

@Nihilisme intraveineuse

Morale comme contre-nature II *

« S’éloigner du spectre de soi-même, dévoiler le prisme qui morcelle le foisonnement en amas d’individus esseulés, remonter à la source de la lumière. La vie citoyenne se rassemble de telle façon en l’esprit du nombre qu’elle ne lui insuffle qu’une inévitable division. Pour libérer le nombre, libérons la vie de l’individu.

@Nihilisme intraveineuse

Morale comme contre-nature I *

« Quelle paix de l’âme pour les bovins ? Quelle sagesse pour le troupeau s’il refuse sa métamorphose en meute ? Pourquoi la bonne conscience ne plonge-t-elle pas ses mains dans la terre noire sur laquelle elle construit son église ? Pourquoi refuse-t-elle de sentir l’électricité des entrailles du réel ?

@Nihilisme intraveineuse

Comment le « vrai monde » devint finalement une fable *

« Le vrai monde est le monde des perspectives multipliées sur la vérité — miroitements humains de la réalité, principe en devenir de son entendement. Et ce vrai monde est accessible à celui qui a la vertu du corps et de l’incorporel. L’accès par le corps qui s’incorpore au monde. Tout usage du terme incorporel devrait se réclamer de sa parenté. Le latin est évidence : in-corporo, in-corporalis, et à partir de là, construire une vérité pour décrire la réalité.

@Nihilisme intraveineuse

La « raison » dans la philosophie II *

« Le nous n’a plus besoin d’être royal, il est devenu le royaume des communautés solitaires. D’illustres ancêtres se sont chargés de mettre un terme au monopole couronné du pronom — des grammatoclastes qui ont pluralisé la chose publique. Parce que les communautés errantes qui disent nous du fin fond de leur déréliction créent l’accusation contre le principe de causalité.

@Nihilisme intraveineuse

La « raison » dans la philosophie I *

« Les philosophes n’ont hérité des embaumeurs que d’un savoir tronqué. Ils ont oublié les rites de Cynopolis et les louanges faites au Chacal ; ils ne sont aujourd’hui plus que les chiens dociles à la dentition râpée. Leurs seules amulettes sont leurs diplômes qu’ils placardent en évidence sur leur front.

@Nihilisme intraveineuse

Socrate ou l’origine de tous les problèmes II *

« Le culte est à la conversation. Est-il donc si surprenant que l’époque soit si ennuyeuse ? À la dialectique, qui est en soi cancans pour qui se remémore l’étymologie, nous opposons la polémique. Le verbe guerrier qui tente de conquérir la raison ! Quelle valeur accorder aux dialecticiens face aux polémogènes ? Mais il faut encore admettre la grandeur de la guerre, tâche périlleuse pour un esprit moderne qui ne sait manier le glaive conquérant et se complaît à l’usage de la dague et de pelotons d’exécution — le moderne ou le vicieux sbire du nihilisme.

@Nihilisme intraveineuse

Socrate ou l’origine de tous les problèmes I *

« Ils ont hypnotisé le monde, les tueurs de coqs ! À la suite du plus ancien, du plus infâme disciple d’Asclépios, ils font couler le sang des aurores — quel chant nous reste-t-il pour annoncer leur jour incertain ? La dispute continuelle de l’esprit laid se venge des aurores, sa morale anesthésie la santé des antiques, elle conduit une civilisation à l’orée de son agonie.

@Nihilisme intraveineuse

Des apophtegmes et des traits II *

« Que chanter ? Chanter les louanges des termites. Et tenir entre nos dents l’explosif. Un claquement de langue judicieux… et se présentera un si cher salut, contre royaliste ou contre contestataire, le rouge du drapeau affirmé, et l’auguste tâche de nous autres, les grammatoclastes, qui se verra simplifiée. Nous pourrons multiplier les perspectives à la recherche d’un savoir nouveau et pourtant si antique.

@Nihilisme intraveineuse

Des apophtegmes et des traits I *

« La division par zéro est la multiplication des mondes. Le rien n’est qu’un gouffre de l’esprit, qui n’a de vertu que de confondre les faibles. Derrière ce rien, derrière cette illusion, gronde l’accroissement de la puissance.

@Nihilisme intraveineuse

Praeambulum II *

« « Mauvais œil » ou « mauvaise oreille », les questions sont cadencées par le marteau, il bat viscères et gonflement, il scande le son creux, formidable du putride — seul celui qui s’offre des oreilles derrière les oreilles entend l’incantation du vivant, — pour moi, antique psychologue à l’antique esprit, je joue de la flûte et je conduis les rats hors de la ville, je suis sorcier de la santé publique, la grande santé qui ne laisse aucun répit aux lâchetés qui se dissimulent dans nos villes saines et réservées…

@Nihilisme intraveineuse

Praeambulum I *

« Plongé dans le sein noir de l’époque, dans la morne cause qui surgit des ténèbres, malgré ses hurlements accusateurs, ne pas vaciller, rester droit jusqu’aux cieux, avoir la gaieté dédiée aux étoiles, voilà mon plus noble tour de force ! Qu’est-il de plus beau, de plus altier, de plus vital que la gaieté ?

@Nihilisme intraveineuse

Préfigurations II *

« La dénonciation de la traduction — ou plutôt la glorification de l’œuvre originale du traducteur — suggère l’étendue des conquêtes accessibles aux perspectives multipliées, et la négation farouche du relativisme, ce nihilisme abaissé au rang des pleutres, des décadents.

@Nihilisme intraveineuse

Préfigurations I *

« Nous nous apprêtons à vous parler d’une langue que nous ne connaissons pas, mais comme nul ne la connaît et personne ne pourra jamais la connaître, nous nous décidons à vous à la balbutier, à la singer, à la danser même.

@Nihilisme intraveineuse

(La liste des échos.)