Transdialectique

#inactuel

Incursions d’un inactuel VII *

« L’embrun tailla pendant bien des siècles des caractères somptueux, des mers de Chine aux Caraïbes, sans omettre cet espace des émancipations : les songes de Madagascar. Aux sabres impitoyables et à l’intelligence politique surpassant les énigmes florentines, certains énergumènes ont hissé haut les voiles et la figure d’écume pour semer en leurs rangs l’intuition machiavélienne — aucune durée parmi le brouillard s’il n’existe en eux la fulgurance.

@Nihilisme intraveineuse

Incursions d’un inactuel VI *

« Nous sommes meute, parce que la meute a pour identité le mouvement autonome, ce qui la distingue des animaux serviles qui composent le troupeau. En rien la peur ne commande aux déplacements précipités, mais une motivation chasseresse encourage le groupe à sentir les traces laissées par la fatalité. La victime isolée choisit de fuir ou d’affronter, d’être méprisable ou tragique, mais si elle ne se trouve pas isolée et qu’elle aussi s’avance en meute, nulle victime ne subsiste : en bande, le sauvage bataille, et s’élève hors d’haleine le souffle demeurant du tragique.

@Nihilisme intraveineuse

Incursions d’un inactuel V *

« Le nihilisme aussi actif puisse-t-il paraître face aux langueurs décadentes n’en demeure pas moins une passivité négatrice de la vitalité. En son sein, il semble donc bien normal pour des esprits avisés d’examiner le pessimisme de la pire espèce : le renoncement actif.

@Nihilisme intraveineuse

Incursions d’un inactuel IV *

« Il est venu le temps où l’ouvrier troque le couteau entre ses dents contre une dentition brillante à balader le long de la côte. De l’azur il ne connaît que le lustre clinquant. Où s’en est allée sa colère qui bleutait d’espoir notre morne figure ? Il n’est plus capable des soubresauts qui ont précipité les temps vers les temps modernes — le trouble du temps est devenu l’air du temps, et les causeurs du trouble sont devenus les touristes. L’assiette toujours creuse, toujours la même soupe pour cervelles creuses. L’estival rime à présent avec l’absence. Vacances forcées, jamais de vacance ouvrière, l’été des états marécageux, et le divertissement pour s’injecter le Léthé tout entier.

@Nihilisme intraveineuse

Incursions d’un inactuel III *

« Le goût amer, les saturnales au loin. — L’horreur que ce goût laisse en souvenir, et la réalité inaccessible. — Vague après vague, comme la grève. — Des esclaves recouvrent soudain la parole, franche des brimades hiérarchiques. — L’engloutissement par la pâleur hivernale, la réjouissance qui renverse les échelles sociales. — Du vert dans le blanchâtre, la chaux qui empourpre l’échafaud. — La révolution comme le retour qu’elle représente.

@Nihilisme intraveineuse

Incursions d’un inactuel II *

« Les pinsons se réjouiraient-ils des vers pullulant sur la dépouille de Darwin ? Mise en abyme du festin : de petites bêtes immorales pour de petites bêtes immorales. La vie brute. Car l’évolution darwinienne ne s’intéresse que peu à la morale des oiseaux — pourtant leur attribut le plus glorieux. Celui qui croit en la finalité darwinienne s’égare parmi le triomphe des faibles — parce que les faibles sont les forts dans les théories de Darwin. Tout naturalisme est en soi anti-darwinien.

@Nihilisme intraveineuse

Incursions d’un inactuel I *

« Le mauvais œil, partout cet œil identique, l’œil libéral, qui ne veut sa liberté qu’à partir de celle des autres — ses ennemis puisqu’il est en incapacité de s’allier à quiconque. Il ne regarde pas dans un but précis, il vaque, et son regard vacant finit par désirer le regard de l’œil étranger. Comme l’œil moderne ne peut pas observer le lointain, il zyeute autour de lui, il grogne après ce qu’il n’a pas — ce qu’il ne veut pas avoir, mais qu’il désire malgré tout.

@Nihilisme intraveineuse

(La liste des échos.)