Transdialectique

Des apophtegmes et des traits II

/ persona(e) : Brigade Pierre Martello / écho(s) : #Nietzsche #anarchisme #immoralisme / espace(s) : @Nihilisme intraveineuse
Des apophtegmes et des traits II

XXVI.

Ich misstraue allen Systematikern und gehe ihnen aus dem Weg. Der Wille zum System ist ein Mangel an Rechtschaffenheit. A.S.N.

Je me défie de tout systématicien et me détourne de leur chemin. La volonté qui va vers le système est un manque d’honnêteté. A.D.T.

Se fourvoie qui croit aux esprits systématiques ; je passe donc mon chemin face aux esprits entomologiques. La pulsion pour le système est une si basse, si facile tromperie. A.D.M.

La classification ou le labyrinthe. Ce besoin de nommer décrit si bien la faiblesse humaine face à ce qui se meut. La nomenclature des uns remplace la nomenclature des autres — toujours avec cette même résistance à ce qui s’enfuit de l’entendement. Pour le naturaliste, il vaut mieux fixer son regard que changer de perspective — en voilà une antinomie pour qualifier le qualificateur. Quelles différences, quelles oppositions entre Lamarck et Darwin ? Ils ont tous deux le même trinôme : homo absurdus linnaeus.

XXXIV.

On ne peut penser et écrire qu’assis (G. Flaubert). — Damit habe ich dich, Nihilist! Das Sitzfleisch ist gerade die Sünde wider den heiligen Geist. Nur die ergangenen Gedanken haben Werth. A.S.N.

On ne peut penser et écrire qu’assis (G. Flaubert). — Je vous y attrape, nihiliste ! Le séant est justement un péché contre l’esprit saint. Seules les pensées ambulantes ont de la valeur. A.D.T.

On ne peut penser et écrire qu’assis, dixit Bouvard ou Pécuchet. — Ah, c’est bien là le propos d’un nihiliste ! La viande assise est une prémisse de putréfaction — promesse de négation. Que reste-t-il de saint et d’esprit dans ce qui stagne, dans ce qui se passe de la marche ? A.D.M.

À en croire la physionomie de celui qui consulte « la physionomie des lettres assemblées », l’énergumène qui gueule à tue-tête dans l’aurore à la recherche de la sonorité juste, timbre tendu, poitrine alerte pour quelques premières lueurs, cette tempête contre la métrique végète dans l’osier et les langueurs du cabinet. Il défouraille contre la langue, la tire un peu, se précipite à tout-va contre la laideur et le mot. Vaincre la phrase, la conduite de celui qui gravit ! Alors, le gueuloir comme cage où la noblesse du fauve tournoie — jamais prisonnière, captive peut-être, dangereuse assurément, et ses crocs demeurent des crocs, déterminés, ils attendent leur proie — l’époque. Refuser l’esprit assis, et vagabonder avec l’ironie colérique et le verbe acéré, la lenteur qui fulgure au travers des modernes.

XXXVI.

Ob wir Immoralisten der Tugend Schaden thun? — Eben so wenig, als die Anarchisten den Fürsten. Erst seitdem diese angeschossen werden, sitzen sie wieder fest auf ihrem Thron. Moral: man muss die Moral anschiessenA.S.N.

Nous, immoralistes, causons-nous dommage à la vertu ? Tout aussi peu que les anarchistes aux princes. Ce n’est que depuis qu’ils sont blessés par balle, qu’ils se trouvent fermement assis sur leur trône. La morale : il faut blesser par balle la moraleA.D.T.

Nous, les immoralistes, nous, les vertueux, nous ne causons aucun dommage, nous assainissons votre monde et le précipitons vers le suivant. Sommes-nous une menace ? L’anarchiste est-il une menace pour la couronne ? Depuis que l’on essaie d’entendre les tintements de sa chute, c’est le tintamarre du trône qui nous assourdit. Une seule morale : couper la tête à la morale et y placer une couronneA.D.M.

Il faut faire feu sur la morale des couronnés, n’épargner ni celle des libéraux ni celle des conservateurs ! Qu’il ne reste que la grandeur des immoralistes, des vertueux, de quelques anarchistes à l’œil torve ! Leur étendard est rouge, d’un côté comme de l’autre, d’un sang frelaté.

Que rêver ? Rêver des anarchistes, ceux de la brèche qui se revendiquent de la dynamite… mais ils en mettent encore si peu dans leurs idées. Ils utilisent toujours le même langage — le même babillage que le blason soit noir, rouge ou blanc —, et se plaignent de vivoter toujours en un même paysage… Commençons par abattre nos propres idées ! L’ironie du pétard mouillé et l’amaurose aux lèvres ! Si peu d’aristocratie et tant de pusillanimité chez tous les idolâtres ! Ils sont tous du même bois, un bois mort livré aux dévorations des bois.

Que chanter ? Chanter les louanges des termites. Et tenir entre nos dents l’explosif. Un claquement de langue judicieux… et se présentera un si cher salut, contre royaliste ou contre contestataire, le rouge du drapeau affirmé, et l’auguste tâche de nous autres, les grammatoclastes, qui se verra simplifiée. Nous pourrons multiplier les perspectives à la recherche d’un savoir nouveau et pourtant si antique. Mettre fin à leurs mondes du ressentiment, faire émerger un monde aristocratique ou anarchiste — l’étymologie ne nous dit-elle pas qu’il s’agit d’une même chose ? —, un espace du triomphe auquel chacun peut se hisser par sa seule volonté, une commune des grammatoclastes, un niveau éthéré où les valeurs se réévaluent et la création s’impose. Ici aucun citoyen, mais des êtres nouveaux qui affirment avec sévérité : nous, anarchistes, nous sommes aristocrates !

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