Transdialectique

Des apophtegmes et des traits I

/ persona(e) : Brigade Pierre Martello / écho(s) : #Nietzsche #humain posthume / espace(s) : @Nihilisme intraveineuse
Des apophtegmes et des traits I

Sprüche und Pfeile — Des apophtegmes et des traits — Faire flèche et lancer piques.

I.

Müssiggang ist aller Psychologie Anfang. Wie? wäre Psychologie ein— Laster? A.S.N.

L’oisiveté est l’origine de toute psychologie. Comment ? La psychologie serait-elle un — vice ? A.D.T.

Du laisser-aller pour rejoindre le caché. Comment ? Le caché ne serait-il qu’un — mirage ? A.D.M.

Pourquoi la psyché ne peut-elle faire confiance à la nuit ? Au cœur de ses ténèbres, les contraintes diurnes, celles des gens qui s’affairent, ne portent plus les illusions du vrai. Les miroitements se devinent en un mystère multiple. Pourquoi la lampe ? Pourquoi chercher à dissimuler l’obscur ? Si ce n’est pour aller aux enfers, y revenir avec un peu plus de soi.

XI.

Kann ein Esel tragisch sein? — Dass man unter einer Last zu Grunde geht, die man weder tragen, noch abwerfen kann?… Der Fall des Philosophen. A.S.N.

Un âne peut-il être tragique ? — Qu’on se ruine sous un fardeau, que l’on ne peut ni porter ni jeter ?… Le cas du philosophe. A.D.T.

L’âne, ce merveilleux mammifère, ce merveilleux tragique ! — Si peu de transport pour l’être sous une charge à laquelle il ne peut échapper… Jamais pur-sang de la pensée ! Voilà le philosophe-baudet ! A.D.M.

Ut Buridani asina — la honteuse traîtrise du scolastique qui se venge de sa foi médiocre sur l’abnégation animale. Si l’on projette le plus loin de soi les écrits chers à Buridan, avec suffisamment de gravité pour revêtir les apparats du tragique, la théorie de l’impetus a des chances de réunir l’âne à son compagnon Hodja.

XIV.

Was? du suchst? du möchtest dich verzehnfachen, verhundertfachen? du suchst Anhänger? — Suche NullenA.S.N.

Quoi ? tu recherches ? tu aimerais te décupler, te centupler ? tu recherches des partisans ? — Recherche des zéros ! A.D.T.

Pourquoi t’acharnes-tu encore à la recherche ? Tu veux t’élever ? tu crois t’élever ? Pour cela, tu as besoin de partisans ? — Acharne-toi plutôt à retrouver l’absenceA.D.M.

La division par zéro est la multiplication des mondes. Le rien n’est qu’un gouffre de l’esprit, qui n’a de vertu que de confondre les faibles. Derrière ce rien, derrière cette illusion, gronde l’accroissement de la puissance.

XV.

Posthume Menschen — ich zum Beispiel — werden schlechter verstanden als zeitgemässe, aber besser gehört. Strenger: wir werden nie verstanden — und daher unsre Autorität… A.S.N.

Des humains posthumes — moi par exemple — sont moins bien compris que les modernes, mais mieux écoutés. Plus rigoureusement : nous ne sommes jamais compris — et de là notre autorité… A.D.T.

Moi, le paradigme de l’outre-tombe, qui pense sans la limite du caveau — ce couvercle qui n’arrive à clore le jargon des modernes. Soyez sérieux, et dressez des cénotaphes pour ma parole, car sa dignité est insaisissable… A.D.M.

Posthume… Que vient faire cette malheureuse lettre, cette huitième de l’alphabet qui se refuse à avoir le courage de la prononciation, et qui ramène les postumi, les derniers, les très grands, à la basse terre. Cet humus où rien ne croît, où tout pourrit. C’est l’erreur classique héritée par le langage des modernes — cogito ergo humo. La terre ne trouve son essence que dans l’enfouissement, elle grouille et du grouillement tout s’élève vers l’éther. La graine ou le volcan, aucune autre acception pour l’humain postume.

XXIV.

Damit, dass man nach den Anfängen sucht, wird man Krebs. Der Historiker sieht rückwärts; endlich glaubt er auch rückwärts. A.S.N.

En recherchant les origines, on devient écrevisse. L’historien regarde en arrière ; et finalement, il croit en arrière. A.D.T.

Chercher après ses origines, voilà le cancer, voilà comment devenir crabe ou écrevisse. Rien n’avance, point de mire. L’historien jette son œil à reculons. Il réfléchit à reculons. Une vie à reculons de la vie. A.D.M.

Avez-vous déjà subi le tourment d’une indigestion d’écrevisses ? Ces petites bêtes verdâtres qui barbotent dans le calme poisseux de l’eau douce. Parce que le feu leur donne une couleur vive… en est-ce assez pour se risquer au vaseux ? Mais c’est le feu qui donne la couleur du feu ! L’essence du marécage ne s’efface pas, elle trompe. Et voilà que les tripes sont tordues par ces infâmes crustacés ! Ils n’esquivent même pas le monde à la manière du crabe, ils avancent péniblement, et face au danger, se retirent précipitamment. Les affres pour seule vigueur. Alors, pourquoi être doté de pinces, si ce n’est pour se battre, affronter l’estomac déjà repu, à la gourmandise jusqu’au-boutiste, marécageuse ? Et scarifier les pattes grasses du goinfre d’un coup incisif, le consommateur sans ses doigts obliques, et mourir s’il le faut par le feu, en étant digne du feu !

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