Transdialectique

Ce qui fait défaut aux Allemands I

/ persona(e) : Brigade Pierre Martello / écho(s) : #Nietzsche #Allemagne #alcool #art #subversion / espace(s) : @Nihilisme intraveineuse
Ce qui fait défaut aux Allemands I

Was den Deutschen abgeht — Ce qui fait défaut aux Allemands — Qui s’éloigne de l’Allemagne s’allège.

I.

Die Deutschen langweilen sich jetzt am Geiste, die Deutschen misstrauen jetzt dem Geiste, die Politik verschlingt allen Ernst für wirklich geistige Dinge — »Deutschland, Deutschland über Alles«, ich fürchte, das war das Ende der deutschen Philosophie… A.S.N.

Les Allemands s’ennuient maintenant de l’esprit, les Allemands se méfient maintenant de l’esprit, la politique engloutit tout le sérieux pour les choses réellement spirituelles — « Deutschland, Deutschland über Alles », je crains que cela n’ait été la fin de la philosophie allemande… A.D.T.

Les Allemands s’ennuient, particulièrement de l’esprit… Quelle surprise ! Les Allemands se méfient, particulièrement de l’esprit… Quelle stupeur ! La politique engloutit tout ce qui compte, particulièrement chez les Allemands. Qu’attendre de la terre qui a fait naître Beethoven et l’a laissé partir à Vienne ? Peuvent-ils encore avoir l’esprit chantant sans lui ? Ils se contentent d’entonner — l’Allemagne au plus haut des cieux. Et leur voix grossière, pense-t-elle réellement pouvoir surplomber le continent ? Avec l’Allemagne, l’Europe croit chanter, mais elle ne cancane que son déclin. A.D.M.

« Deutschland, Deutschland über Alles ». — Hoffman sur de la musique autrichienne. — On croit à une pensée libérale. — On oublie sa haine des Français. — La haine des Français empêche une quelconque quête de liberté. — Un hymne pervers, découpé. — Son début est masqué. — Pourtant, là. — Le Deutschlandlied. — De la chansonnette qui ose « über alles in der Welt ». — La lourdeur allemande au-dessus du monde. — De la bière et des bottes, un modèle d’Europe. — Une économie du geste politique. — Aucune repentance, et la social-démocratie. — Sans doute. — Pour peser davantage que pour rehausser. — Ils découpent, ordonnent. — Ils sont la mort et la mort est leur maître. — Cette immense cicatrice de l’Europe. — Dire la protection des droits, et séparer l’autre, s’en séparer. — Recycler les chaînes pour en faire des parures. — Là le ressentiment de la pensée semi-égalitaire. — Aucune dignité. — Comment espérer le courage sans dignité. — La prémonition intacte du bruit de leurs bottes. — Contre l’espoir. — Contre cette négation de la négation du guerrier. — Un guerrier ne place pas sa foi en l’égalité viciée, mais en l’équivalence des forces. — « Über alles ». — Les dominateurs ne s’accorderont jamais avec la fraternité. — Leurs dirigeants continueront à jouer de l’égalité pour maintenir un joug semi-égalitaire sur leurs sujets domestiqués. — Notre parc est notre silence. — Comment aimer ceux qui ne sont pas en première ligne. — La force de n’importe quel diable prêt à mourir pour l’idée de fraternité. — Des politiciens en négation de la négation de la négation. — Des intéressés de leurs intérêts. — Je et jeux de l’argent, celui de leurs maîtres. — Un maître de mort et d’anonymat. — Action et actionnariat. — La mort est un maître d’Europe, ses yeux sont or. — Si seulement le règne des furies. — Si seulement Némésis. — Dans les prémices de l’infection, connaître son courroux. — Des diatribes, ce qu’il nous reste. — Pour nous battre avec les spectres. — Les maîtres veulent négocier. — Nous ne négocions pas. — Nous valorisons toute vie. — Qu’ils ravalent leur Lied. — La salissure de Beethoven. — L’hymne à la joie pour un hymne sans peuple. — Némésis à portée de leur impudence. — Un appel à la colère. — Et de ses sœurs et de nos sorcières. — Les furies, et leurs frères. — Nous autres, grammatoclastes et physiognomonistes. — Chantons une joie sans hymne. — Anthèse des peuples. — La négation de la négation pour joie. — L’antique et la politique, contre le règne des administrations. — Leur finance avant l’espoir. — La mort est un maître d’Europe. — Ils lâchent leurs chiens. — Une balle de plomb. — La cendre et ses frontières. — Le lait noir de leurs yeux d’or. — La mort, l’Europe et son administration.

II.

Wie viel verdriessliche Schwere, Lahmheit, Feuchtigkeit, Schlafrock, wie viel Bier ist in der deutschen Intelligenz! Wie ist es eigentlich möglich, dass junge Männer, die den geistigsten Zielen ihr Dasein weihn, nicht den ersten Instinkt der Geistigkeit, den Selbsterhaltungs-Instinkt des Geistes in sich fühlen — und Bier trinken?… A.S.N.

Combien de pesanteur maussade, de boiterie, d’humidité, de robe de chambre, combien de bière se trouve dans l’intelligence allemande ! Comment est-il au juste possible que de jeunes hommes, qui dédient leur existence aux plus spirituels objectifs, ne sentent pas en eux le premier instinct de spiritualité, l’instinct de conservation de l’esprit — et boivent de la bière ?… A.D.T.

L’intelligence allemande ? En robe de chambre, clopinant, maussade, le fantôme de Schopenhauer. L’air humide du marécage pour rafraîchir la pensée de ses disciples. De la bière plein l’estomac, et une panse pour penser, se destinant aux choses spirituelles — ils devraient se destiner aux spiritueux avant de se noyer en leur marécage. S’ils espéraient encore pouvoir s’extirper du bourbier dans lequel ivres ils pataugent, ils devraient sentir l’ivresse de ce qui est légèreté, la sentir en tant qu’instinct : celui de la conservation de son destin — celui qui va au vin. A.D.M.

Ils se remplissent le ventre de bière. Ils ingurgitent le jaunâtre. Coule couleur urine, leur satisfaction. Quelle nécessité d’expliquer aux consommateurs de pissat les arcanes de la nature ? Pour qu’ils puissent entendre, il faudrait encore qu’ils boivent du vin, qu’ils sachent apprécier son histoire. Certains prétendus révolutionnaires, des malvenus qui conduisent les peuples au massacre en oubliant d’y mener d’abord leur personne, ont dit que la bière était la boisson universelle, celle de la lutte, qui rassemblait les classes sociales autour d’un même breuvage. Du commun dans la bière ? À coup sûr, celui du nivellement par le bas. S’ils voulaient effectivement lutter pour une révolution digne d’éloges, ils renverseraient la table, les valeurs — et les verres de bière avec. Ils boiraient et feraient boire du vin : le nivellement par le haut. C’est dans l’esprit du vin qu’il y a l’esprit de révolution. Dans la bière ne demeure que celui de la pesanteur. Il s’avère impossible de souhaiter le moindre mouvement, une preste dynamique du temps, en se contentant de stagner. Le marasme n’est pas qu’une question d’absence de déplacement du corps, il est aussi une conduite houblonnée de son existence. Lutter contre le marasme impose une conduite alimentaire rigoureuse, faite de vin et de chasse. Fruits et animaux avec lesquels nous sommes en communion, tombés avec gloire pour que notre animalité s’avance. Nous leur rendons les honneurs en nous tenant, grâce à leur force partagée, par-delà le marasme, en portant leur âme au-devant de notre marche ; notre absence de religion est l’animisme du mouvement.

IV.

Die Cultur und der Staat — man betrüge sich hierüber nicht — sind Antagonisten: »Cultur-Staat« ist bloss eine moderne Idee. Das Eine lebt vom Andern, das Eine gedeiht auf Unkosten des Anderen. Alle grossen Zeiten der Cultur sind politische Niedergangs-Zeiten: was gross ist im Sinn der Cultur war unpolitisch, selbst antipolitischA.S.N.

La culture et l’état — on ne se fait pas d’illusion ici — sont des antagonistes : « l’état-culture » est seulement une idée moderne. L’un vit de l’autre, l’un prospère aux dépens de l’autre. Toutes les grandes époques de la culture sont des époques politiques en déclin : ce qui est grand dans le sens de la culture est apolitique, même antipolitiqueA.D.T.

Prononcer les termes « culture » et « état » dans une même phrase relève d’une grossièreté si dissonante, si typique du moderne qui s’amuse à tenter un trait d’esprit. Il fait même de cet antagonisme une illusion servant sa tâche nihiliste — inconsciente bien évidemment, il ne connaît pas la grandeur du nihiliste russe. En ce qui nous concerne, ce subterfuge ne nous berne pas. Une culture d’état pour un état culturel : la modernité contre la potentialité culturelle. La culture ne voit dans la politique qu’une faible platitude, qu’elle arrive au mieux à transformer en un terreau pour sa superbe. La politique peut bien tenter de vampiriser la culture, l’effet restera toujours inverse. La culture au plus haut, lorsque la politique au plus bas. L’envol de l’une pour le déclin de l’autre. La grande culture ne s’intéresse pas à la politique, la grande culture combat avec acharnement la politiqueA.D.M.

L’œuvre d’art pour mériter son qualificatif artistique est en quête de subversion. Elle ne propose pas le détournement, mais rompt avec ce qui est attendu. Le convenable, son ennemi. Une œuvre d’art qui se résout à être partisane trahit les siècles qui ont placé tant d’artistes à la marge. La lâcheté du fouet qui claque prêt à déchirer les toiles et les livres. Chaque musicien devrait avoir l’obligation de transcrire en symphonie la puissance des œuvres qui n’ont pas su se protéger des pourceaux politiciens — une musique laudatrice gardant le beau qui ne sait pas sa fragilité. Tout artiste subversif, tout vrai artiste qui recherche le soulèvement, appartient au peuple des marges ; il est en reste de protéger de sa vie cette moelle qui galvanise la création contre les morales et les prisons. En devenant lui-même rempart contre les remparts, il honore les fortifications de Florence, il continue la lutte contre ledit Saint Empire, il sauvegarde le vivant de la seule conduite respectable, il allume des feux pour y précipiter les porte-flambeaux des autodafés — une contre-garde opposée à toutes les dénaturations moralisatrices. La création peut certes se placer auprès de la politique, mais comme l’ennemi intime prêt à assassiner pour encenser la vie. L’art subversif s’inscrit dans une lignée conquérante, et son acte se modèle en l’universelle élévation. Sa mémoire commande à s’opposer secrètement, irrémédiablement au commandement lui-même. Entre Florence et ses commanditaires, Buonarroti n’hésita pas. Il dédia sa vie à l’art, fortifia l’art contre la politique. Ses armes et sa force pour l’art, pour son errance créatrice, contre la politique des esprits devenus médiocres, se contentant du seul héritage pour être. La subversion faite art s’esquisse comme une lutte contre le déclin engrené par les petites gens du pouvoir confisqué, les obnubilés de la politique.

passé historique futur